Changement de régime
Il importe d’avoir le courage élémentaire de ne pas voir dans la dérive complète et dangereuse de ce puissant pays que sont les Étas-Unis une atteinte À la démocratie, alors qu’en réalité nous assistons à une atteinte DE la démocratie à la paix, à la sécurité et la rationalité de l’ordre national et international.

J’ai, en quelques occasions déjà, dit sans détour mon sentiment sur l’insuffisance croissante des démocraties occidentales à produire des politiques et par conséquent des sociétés de qualité. J’ai même poussé la franchise, et peut-être s’agit-il plutôt d’audace, jusqu’à proposer une explication sans doute choquante de ce phénomène, que je rappelle ici très sommairement.
Les régimes démocratiques commencent toujours dans un état hybride, où les principes fondateurs de la démocratie, l’égalité et la liberté, sont assez imparfaitement réalisés, pour la simple raison que la démocratie commençante ne peut que succéder à un régime non-démocratique qui par définition ne reconnaissait pas ces principes et s’efforçait d’en empêcher ou d’en limiter le développement. Les contraintes héritées des anciens régimes réduiront donc sévèrement le caractère démocratique des régimes populaires récemment installés. Il n’y a qu’à songer, par exemple, à l’étendue très limitée du droit de vote au début des démocraties américaines ou françaises.
Avec le temps cependant, et vu que leur dynamique essentielle consiste à donner toujours plus d’extension à leurs principes fondateurs, ces mêmes systèmes finissent par incarner autant que possible leurs principes, comme le font actuellement les États occidentaux pour la liberté et l’égalité.
Et c’est alors que survient l’inévitable saisie du pouvoir par les éléments inférieurs, intellectuellement et moralement, d’une nation, devenus majoritaires, et sourds à toutes voix sauf à celles qui flattent leurs passions grossières ou bercent leurs illusions puériles. Tout est perdu alors, et la politique d’un tel peuple, dirigé par sa partie la plus bête et la plus brutale, ne sera plus que fureur, démence et rapine sans frein.
Mais pourquoi, me direz-vous avec à propos, cette glissade vers la bêtise est-elle fatale? Elle l’est par cette vérité fondamentale, énoncée au commencement de la civilisation humaine mais que Rousseau, l’esprit le plus faux et plus éloquent qui ait jamais vécu, a réussi à nous faire oublier : l’homme n’est certes pas, comme il l’a proclamé, naturellement bon, puis gâté par la société; il est naturellement très imparfait, un ange déchu, en fort besoin de correction et d’éducation, et incapable de devenir vraiment sociable sans le secours d’une société organisée selon de justes principes. Dans une telle société, l’influence et la puissance ne seront pas répartis également entre des hommes en vérité fort inégaux, qui ne sont certes pas capables d’en faire un usage également sage et utile. C’est cette hiérarchisation judicieuse de la société, produit de siècles de vie en commun, dont héritent les démocraties à leur début, et qui leur permet de prospérer pendant un certain temps.
Mais quand le contenu indéfiniment accru des concepts de liberté et d’égalité fait paraître odieuse toute préférence, toute discrimination dans la qualité des êtres humains ou de leurs œuvres, la masse abondante de ceux dont l’humanité n’est qu’ébauchée ne se reconnaît plus de supérieurs, prétend donner le ton à la société et la faire servir à ses desseins grossiers. Évidemment, leur impuissance individuelle et surtout collective les condamne à tomber dans les mains sans scrupules de démagogues répugnants, qui sauront tirer habilement profit d’un peuple qu’ils flattent sans l’aimer.
Ce phénomène est en marche et en voie d’aboutir dans toutes les démocraties libérales : mais il est maintenant parvenu à son terme aux États-Unis, sans doute parce qu’il est plus facile de corrompre une société entièrement dévouée à la puissance et à l’argent, où ni la culture ni la spiritualité véritable n’apportent de façon déterminante leur frein à l’influence délétère de la bêtise commune.
Et il importe d’avoir le courage élémentaire de ne pas voir dans la dérive complète et dangereuse de ce puissant pays une atteinte À la démocratie, alors qu’en réalité nous assistons à une atteinte DE la démocratie à la paix, à la sécurité et la rationalité de l’ordre national et international.
Ceux qui par lâcheté ou stupidité s’obstineront à chercher remède au dérèglement criminel du pays voisin dans un supplément de démocratie, porteront la même responsabilité morale pour la suite des choses que les terrifiantes larves du parti républicain, au Congrès ou ailleurs, qui ont abdiqué tout courage et toute intelligence, faisant le choix méprisable de ne pas s’opposer à ce torrent d’injustice et d’illégalités qu’ils pourraient endiguer, à seule fin de conserver leurs misérables avantages au détriment absolu du bien public.
Et ceux qui ont la simplicité de croire que le retour des démocrates à la présidence apportera une solution toute simple à ce problème, manquent de lucidité s’ils ne voient pas que ce sont justement les délires égalitaires de la gauche qui ont provoqué un ressentiment si grand et des mécontents si nombreux qu’il leur a paru préférable de se jeter dans les bras de ce sous-homme par excellence, M. Donald Trump. Et ceux qui ont opposé la stupide et incompétente Kamala, parce que femme et noire, au monstrueux Donald, homme et blanc, portent une lourde part de responsabilité dans les malheurs du temps actuel.





