Bonheurs d'occasion

Renée Larochelle
Parce qu’elles permettent de consommer autrement, les ventes de garage sont dans l’air du temps.
Geneviève Saint-Jacques Thériault se souvient encore de la réaction des gens quand elle leur parlait de son sujet de mémoire en ethnologie. «Une maîtrise sur les ventes de garage, mais qu’est-ce que tu vas faire avec ça?», lui lançait-on d’un air à la fois étonné et inquiet.

Aujourd’hui, la jeune femme peut non seulement se targuer d’avoir mené à terme son projet, supervisé par Jocelyne Mathieu du Département d’histoire, mais sa recherche sur ce sujet de prime abord farfelu a abouti à une exposition qui se déroule jusqu’au 25 mars au Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières. Intitulée «Ventes de garage. Cossins ou trouvailles?», l’exposition met en scène les principaux aspects de la vente de garage, un calque de garage sale pour vente-débarras.

«J’ai tellement couru les ventes de garage pour en savoir plus sur le phénomène que je devrai bientôt en organiser une», dit à la blague Geneviève Saint-Jacques Thériault, affirmant du même coup avoir acheté quantité d’articles qu’elle n’aurait jamais pu se payer à l’état neuf. Pour les fins de son mémoire, l’ethnologue a réalisé une quinzaine d’entrevues auprès des acheteurs et des vendeurs, en plus de fouiller presque toute la documentation existante sur le sujet. «La vente de garage est une activité complexe qui varie d’un individu à l’autre, explique la jeune femme. On pourrait résumer en disant que c’est une sorte de corvée d’entraide, comme le faisaient nos grands-parents, ou encore une occasion de faire le grand ménage, dans un esprit écologique.»

Acheteur ou vendeur ?

Les personnes qui souhaitent en savoir davantage sur les ventes de garage seront servies, en visitant cette exposition résolument interactive. En effet, dès son entrée dans la salle, le visiteur est invité à choisir son camp, celui de vendeur ou d’acheteur. Six ventes de garage y sont reconstituées et révèlent des «faits vécus» de la petite histoire de ce type de vente, comme par exemple cet acheteur ayant eu la surprise de sa vie en dénichant un tableau du peintre québécois Ozias Leduc parmi un tas de babioles. On y voit aussi des objets recyclés qui bénéficient d’une seconde vie grâce à l'imagination de leur nouveau propriétaire. C’est le cas de cette vieille paire de bottes de caoutchouc trop usée pour être portée qui, remplie de ciment, sert maintenant à maintenir les portes d’une pièce ouverte. Les collectionneurs trouvent aussi leur compte dans ces ventes où on trouve de tout à prix d’ami, pour paraphraser une publicité connue.

«La vente de garage est une sorte de tribunal de l’objet, explique Geneviève Saint-Jacques Thériault. En effet, c’est à ce moment que se décide si l’objet continue son parcours de vie ou s’il s’arrête. Certaines valeurs bien actuelles sont rattachées au phénomène des ventes de garage: on a l’impression d’économiser, de moins consommer ou encore de consommer autrement. C’est tout à fait dans l’air du temps.»

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