La Grande Charte ou le début de la monarchie constitutionnelle

Jacques Dufresne
Le pouvoir du peuple s'accroîtra dans le sillage de l'idée de contrat, présentée sous diverses formes par Hobbes, Locke et Rousseau. Or l'idée de contrat marque une rupture radicale par rapport à celle de la sociabilité naturelle: on passe d'un pacte irrévocable imposé par la nature, à un pacte révocable signé par des êtres libres et égaux.

C'est en Angleterre que ces nouvelles idées recevront leur première formulation marquante. C'est en Angleterre également qu'avait été signé dès 1215 un contrat, appelé la Grande Charte, qui limitait les pouvoirs du roi, mettant un frein dans ce pays à la montée vers l'absolutisme dont Philippe II en Espagne et Louis XIV en France seront les plus illustres représentants. C'est Jean Bodin qui sera le théoricien de cet absolutisme. C'est au même Jean Bodin que l'on doit la définition de la souveraineté à laquelle on se réfère encore aujourd'hui.

La Grande Charte marque le début non pas de la démocratie, mais de la monarchie constitutionnelle, c'est-à-dire celle où le pouvoir du roi est limité à la fois par une constitution et par des notables qui sont en mesure d'en imposer le respect.

La Grande Charte contient ce texte qui rappelle les lois de Solon et celle des Gracques. «Nul homme libre ne sera pris, emprisonné, dessaisi de sa terre, mis hors la loi, exilé ou détruit de toute autre manière et que le roi ne marchera pas contre lui et ne fera pas marcher contre lui, sauf par jugement légal de ses pairs et par la loi du royaume.»

Ce texte sera à l'origine de l'Habeas corpus (que tu aies un corps) qui recevra sa forme définitive dans l'Angleterre révolutionnaire du XVIIe siècle. Un suspect ne pourra pas être considéré comme coupable et donc détenu tant que la preuve de sa culpabilité n'aura pas été établie. C'est ainsi que l'Angleterre s'imposera comme le paradis des droits individuels.

Autres articles associés à ce dossier

Charte des devoirs dans les communications

Josette Lanteigne

Cette charte fut élaborée de manière collective puisqu'elle est le fruit des interventions des différents participants à un séminaire sur les as

À lire également du même auteur

Journal de l’été 2021. 2) Rapport du GIEC et Jeux olympiques
Le dernier rapport du GIEC sur les changements climatiques, plus alarmiste encore que les pré

Science, bon sens, complotisme et science critique. En compagnie de Pierre Biron.
Science sans critique est ruine de la raison. Science sans bon sens est ruine du sens « Scie

La philosophie aujourd’hui, par Marco Jean
Philosopher aujourd’hui pour retrouver la valeur intrinsèque des choses par-delà

Journal de l’été 2021. 5) L’ Afghanistan des talibans
La leçon sur les imprévus de l’histoire qu’on peut en tirer

Journal de l’été 2021. 3) Autochtones : droits, obligations et contributions.
À la recherche d’un équilibre entre la question des droits et celle des responsa

La pierre de Satan, par Mario Pelletier
Ce grand livre, aussi français et américain que québécois, et même

Journal de l'été 2021. 4) Covid 19, 20,21… Écologie, ploutocentrisme, anthropocentrisme
Comment rendre la maison commune dont rêvent les écologistes compatible avec le d&rsquo




Nos suggestions