Le normal et le pathologique selon Claude Bernard

Jacques Dufresne
Pour Claude Bernard, la maladie est un écart quantitatif et non un changement qualitatif.
Quand Dubos déclare que l'organisme ne se contente pas de rétablir la fixité du milieu interne, il critique une conception de la normalité qui remonte à Claude Bernard. C'est à l'occasion de ses travaux sur le diabète que Claude Bernard avait énoncé sa célèbre théorie de la fixité du milieu intérieur qui est, selon ses propres mots, la condition de la vie libre et indépendante. Le grand physiologiste français avait observé que les symptômes du diabète apparaissent quand le taux de sucre dans l'organisme tend à s'éloigner de la norme qu'il situait à 3 p. 1000 (on la situe plutôt aujourd'hui entre 1.3 et 1.8 p. 1000). Le physiologiste américain Walter B. Cannon proposa ensuite le mot homéostasie pour désigner la tendance de l'organisme à rétablir l'équilibre du milieu intérieur lorsque ce dernier a été rompu.

Pour Claude Bernard, il y a continuité entre le normal et le pathologique. La maladie n'est pas un état nouveau, qualitativement différent de l'état normal, mais une variation quantitative d'un processus normal, un simple écart par rapport à une norme. Fuite de l'âme ou au contraire invasion de l'âme par un esprit maléfique, toutes ces explications archaïques de la maladie se trouvent ainsi écartées. On est en plein positivisme, mais du même coup un terrible soupçon s'abat sur l'humanité: si la maladie n'est pas un état qualitatif nouveau dont le sujet fait l'expérience, alors la personne en santé doit toujours présumer qu'elle est un malade qui s'ignore. Dans la logique d'une telle conception, seul le recours aux tests peuvent la rassurer sur son état.

Autres articles associés à ce dossier

À lire également du même auteur

Journal de l’été 2021. 2) Rapport du GIEC et Jeux olympiques
Le dernier rapport du GIEC sur les changements climatiques, plus alarmiste encore que les pré

Science, bon sens, complotisme et science critique. En compagnie de Pierre Biron.
Science sans critique est ruine de la raison. Science sans bon sens est ruine du sens « Scie

La philosophie aujourd’hui, par Marco Jean
Philosopher aujourd’hui pour retrouver la valeur intrinsèque des choses par-delà

Journal de l’été 2021. 5) L’ Afghanistan des talibans
La leçon sur les imprévus de l’histoire qu’on peut en tirer

Journal de l’été 2021. 3) Autochtones : droits, obligations et contributions.
À la recherche d’un équilibre entre la question des droits et celle des responsa

La pierre de Satan, par Mario Pelletier
Ce grand livre, aussi français et américain que québécois, et même

Journal de l'été 2021. 4) Covid 19, 20,21… Écologie, ploutocentrisme, anthropocentrisme
Comment rendre la maison commune dont rêvent les écologistes compatible avec le d&rsquo




Nos suggestions