Bilinguisme aéroportuaire

Charles Durand

Certains pays, comme le Brésil par exemple, ont supprimé l'usage de l'anglais sur la plupart des vols intérieurs qui ne relient pas les principales métropoles, puisque cet usage ne correspondait pas à un besoin exprimé par qui que ce soit.

L'OACI, ou Organisation aéronautique civile internationale, fut créée à Chicago le 7 Décembre 1944 par les représentants de 53 pays alors que la seule industrie aéronautique civile vraiment opérationnelle était américaine. Cette organisation décida peu après, sous la forte pression des États-Unis, d'adopter l'anglais comme deuxième langue dans tous les aéroports internationaux des pays non anglophones. Les 50 dernières années ont démontré pleinement les bénéfices du "monde bilingue" créé ainsi (en partie) par l'OACI. Cette décision, plus qu'aucune autre, incite les non-anglophones à apprendre l'anglais puisque, par le biais de l'affichage bilingue, ils sont invités à s'exprimer en anglais partout où un avion peut les transporter.


Les annonces en anglais qui sont faites durant les vols intérieurs, sur les lignes aériennes nationales77, dans les pays non anglophones, ont aussi pour conséquence de convaincre inconsciemment les passagers de la nécessité de connaître l'anglais même lorsque cela ne correspond à aucun besoin individuel ou commercia1.

Certains pays, comme le Brésil par exemple, ont supprimé l'usage de l'anglais sur la plupart des vols intérieurs qui ne relient pas les principales métropoles, puisque cet usage ne correspondait pas à un besoin exprimé par qui que ce soit.

L'usage de l'anglais est souvent justifié par le caractère "international" de l'anglais, langue "comprise par tous". Cette affirmation est simplement fausse. La FAA79 (Administration américaine de l'aviation) rapporte de nombreux problèmes de compréhension entre les pilotes d'avions de compagnies sud américaines et les tours de contrôle des aéroports nord américains. En Janvier 1993, à l'aéroport de Roissy, un accident était imputé à la mauvaise compréhension des messages échangés entre la tour de contrôle et un biturbopropulseur Dash 8 d'une compagnie allemande.  Aux États-Unis, en dépit des problè­mes posés par la mauvaise compréhension des messages, au­cune plainte officielle n'a jamais été formulée par la FAA à l'encontre des pilotes sud américains. Ces derniers pourraient en effet remettre en doute le bien-fondé de l'usage de l'anglais dans les communications aériennes internationales alors que l'espagnol a davantage de locuteurs que l'anglais, particulière­ment sur l'ensemble des deux Amériques. Dans la pratique, pour éviter les problèmes de compréhension qui peuvent se po­ser en anglais ou toute autre langue, les technologies nouvelles permettent de supprimer la radio et de la remplacer par une transmission numérique de messages qui s'afficheraient sans risque d'erreur sur des écrans aménagés dans la cabine de pilo­tage et les tours de contrôle aérien.

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