Un jugement de Nietzsche

Hélène Laberge
Nietzsche et Liszt ont réagi différemment au génie envahissant de Wagner.
Nietzsche avait d'abord été, alors qu'il était jeune, un grand admirateur de Wagner. Vers la fin de sa vie cependant, il rompit avec éclat dans un pamphlet intitulé Le Cas Wagner, publié en 1888: «Il est une évidence qui me semble primordiale: l'art de Wagner est malade. Les problèmes qu'il porte à la scène sont de purs problèmes d'hystériques et manifestent ce que sa passion a de convulsif, sa sensibilité d'exacerbé, son goût qui exigeait des piments toujours plus forts, son instabilité qu'il déguisait en autant de principes, enfin, et ce n'est pas le moindre symptôme, le choix de ses héros et héroïnes, considérés comme types physiologiques (une vraie galerie de malades!), bref, tout cela forme un tableau clinique qui ne permet pas le moindre doute: Wagner est une névrose. »

Tout autre est le jugement de Liszt qui consacrera une partie importante de sa carrière à faire connaître les oeuvres de Wagner. À Weimar, en 1849, il dirigera deux représentations de Tannhaüser, auxquelles Wagner ne pourra pas assister. Mais éperdu de reconnaissance, ce dernier lui écrira: «Or, soyez sûr que personne ne sait aussi bien que moi ce que c'est que de faire voir le jour à un pareil travail dans les circonstances actuelles... Vous venez de me relever comme par enchantement... j'ai retrouvé le courage d'endurer...»

La réponse de Liszt révèle tout le détachement, toute la grâce de son amitié pour Wagner: «... je dois tant à votre vaillant et superbe génie... que je me sens tout embarrassé d'accepter les remerciements que vous avez la bonté de m'adresser.... Il est difficile de relever quelqu'un avec plus d'élégance de l'obligation qu'il a à votre égard.»

Liszt compositeur s'est plus ou moins mis à l'ombre de Wagner (et également de Beethoven). À son époque, du moins, la réforme dramatique accomplie par Wagner a eu tellement d'éclat que celle de Liszt, toute intérieure et créatrice de formes, est passée presque inaperçue.

Autres articles associés à ce dossier

Wagner

Léo-Pol Morin


Wagner et nous

Léon Daudet

« Wagner et nous » est le titre d'un bref et substantiel article de M. Léon Daudet, publié par La Revue du Siècle (septembre). D'après l'auteu

Souvenirs sur Lohengrin (1849)

Gérard de Nerval


Richard Wagner

Charles Gounod

"Richard Wagner fut incontestablement une personnalité artistique considérable. On ne passionne pas à ce point toute une époque, on n'enfièv

À lire également du même auteur

Fernand Dumont et la religion catholique au Québec
Dans les mots de tous,.Fernand Dumont, après nous avoir  donné à comprendr

Lettre de Noël à une amie française sur l'écrivain québécois Mario Pelletier
Lettre de Noël à une amie française, qui a connu le Québec. Sur un é

Vin
Extrait d'un article sur l'histoire de la nourriture cité ailleurs sur ce site.

L'art naïf ou les couleurs de la vie
« En matière d'art, l'érudition est une sorte de défaite : elle &

Jean-Pierre Parra, médecin poète
Dans cet «état de veille permanent», qui devrait être la définition




Nos suggestions