Boutang Pierre

20 septembre 1916-27 juin 1998

"Chacun connait la définition célèbre que Steiner a donné de Boutang : logocrate. Et celui-ci d'attribuer plutôt cette belle couronne à Péguy et Maurras. Mais en vérité Boutang a bien le don d'éclairer la part manquante des grandes pensées, d'en réconcilier certaines avec des oeuvres adverses ou méconnues, de les rendre ainsi à leur cohérence première, secrète, qui n'est pas entièrement humaine, qui est souvent ébauchée et devinée par l'auteur, mais inaccomplie dans les uvres de l'orgueil humain et du temps. Sans arrêt, dans son extraordinaire Maurras -- qui est autant une biographie intellectuelle que la somme de notre époque, la critique intégrale des valeurs et des illusions fin de siècle --, il éclaire le vieux lion de Martigues par Giambattista Vico, que le Martégal ignorait, mais dont il était d'instinct extrêmement proche. Curieuse maïeutique posthume ou éclatante complétude entre le théoricien des âges héroïques et le chantre de la musique intérieure. Boutang a toujours honoré ses adversaires substantiels, en particulier Hobbes, Rousseau et Spinoza, les tenants d'une histoire sans finalité, ou Marx chez qui le passionnaient malgré la différence absolue des perspectives, les analyses de la valeur et du travail ou la critique de la bourgeoisie. On le voit encore louer l'analyse des idéologies par Althusser ou faire son profit des savoirs-pouvoirs chers à Foucault."

Jean Védrines, La parole vivante de Pierre Boutang

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