Frédéric Back

8 avril 1924

À propos de «L'homme qui plantait des arbres»
«Elzéard Bouffier est un planteur de chênes, un homme-souche, solitaire et désintéressé, qui a consacré les trente dernières années de sa vie au reboisement d'une région des Alpes que l'humaine incurie avait transformée en désert. À chaque chêne planté par Elzéard, Frédéric Back a fait correspondre, avec la même patience, la même sollicitude pour la vie, un dessin merveilleux. À la fin du film on voit, au milieu d'un village ayant retrouvé ses habitants, couler une source auparavant tarie. Les arbres avaient d'abord retenu l'eau, puis domestiqué le soleil. Prodige! Un prodige semblable s'opère parfois dans nos intelligences acidifiées, nos imaginations encombrées. Il en résulte alors une oeuvre comme le film de Frédéric Back. L'esprit a aussi son écologie: jamais cette grande vérité psychologique n'aura été aussi évidente que dans le rapprochement entre Elzéard Bouffier, planteur d'arbres et Frédéric Back, dessinateur et cinéaste.

[...] La vie est mouvement. Le cinéma aussi. Le mot cinéma vient du grec kinésis, qui signifie mouvement. Un peintre peut saisir un instant de ce mouvement, mais un prodige encore plus grand ne commence-t-il pas ensuite, lorsqu'un grand artiste a la patience de faire suffisamment de tableaux pour qu'ils puissent se fondre dans un mouvement continu?

En plus de toucher l'indicible vie à travers ces milliers de tableaux s'unissant, comme les arbres, pour former un écosystème, nous pouvions, dans le film, retrouver quelques-uns des plus beaux moments de la peinture, comme si, pour rendre un suprême hommage à la nature, Frédéric Back avait convoqué, en leur imprimant sa marque, ses plus beaux souvenirs visuels: Monet, Chagall et même Vinci, dont certains ont cru reconnaître le trait dans la dernière évocation d'Elzéard.

[...] Frédérick Back semble avoir pour unique souci de faire revivre l'âme. Et il y parvient, sans jamais tomber dans l'animisme, sans jamais attribuer à l'âme des pouvoirs magiques qui ne correspondraient à aucune expérience authentique dans l'humanité actuelle. Appliqué à ses films, le mot animation prend tout son sens.

Mais qu'est-ce que l'âme? Il nous faut précisément des films comme L'homme qui plantait des arbres pour le réapprendre, ou des poèmes comme celui que l'empereur Hadrien nous a laissés avant sa mort: «Âme tendre (...) tu devras renoncer aux jeux d'autrefois. Un instant encore. Regardons ensemble les rives familières, les objets que sans doute nous ne reverrons plus... Tâchons d'entrer dans la mort les yeux ouverts.»

Frédérick Back nous aide à regarder le monde de la même manière avec, en plus, le sentiment que les rives familières ne seront peut-être plus là pour éveiller chez nos descendants le regret par qui l'âme s'éveille.»

JACQUES DUFRESNE, "L'homme qui plantait des arbres" et "De Mickey Mouse à Frédéric Back", articles parus dans La Presse

Articles


De Mickey Mouse à Frédérick Back

Jacques Dufresne
Lors de la cérémonie des Oscars de 1988, où L'homme qui plantait des arbres de Frédéric Back fut reconnu comme le meilleur film d'animation de l'année, ce fut le héros de films d'animation d'une autre époque, Mickey Mouse qui eut la vedette.

L'homme qui plantait des arbres

Jacques Dufresne
La nouvelle de Giono mise en images par un Québécois de talent.



En marge de la Conférence de Glasgow