Linné Carl von

1707-1778
Trouver une méthode de classification des plantes, ce n'est pas là, à première vue, une découverte comparable à celles de Copernic, Mendel ou Newton. C'est pourquoi le suédois Linné, dont le système fut adopté partout en Europe dès la fin du XVIIIe siècle, figure rarement parmi les savants de tout premier ordre.

Pourtant quand on regarde les choses de très haut et de très loin, on note que la caractéristique générale des XVIIe et XVIIIe siècles européen est une volonté de substituer dans les connaissances humaines et par suite, dans l'univers, l'ordre impersonnel de la raison à l'ordre subjectif déterminé par des données sensorielles et des visées morales. Descartes, Newton, Linné et même Jean-Baptiste de La Salle, le réformateur des écoles en France, apparaissent dans ce contexte comme les grands exécutants, presque interchangeables, d'une même raison souveraine.

C'est l'époque où Descartes explique que la méthode consiste d'abord à se méfier des sens; où, les astronomes mettant cette règle en application, construisent une mécanique céleste contredisant l'expérience quotidienne du lever et du coucher du soleil. C'est aussi l'époque où les urbanistes substituent les villes géométriques, avec leurs perspectives et leurs grands boulevards, aux cités concentriques, organiques du Moyen Age. Pendant ce temps, dans l'abstraction pure, les mathématiciens tissent les schémas qui serviront à dégager la rationalité des phénomènes naturels. Et tout se tient... L'enseignement simultané, qui s'organise à ce moment, requiert des enfants une discipline qui nécessite un encadrement systématique. Les écoliers prendront leurs rangs avant d'entrer en classe où une place déterminée leur sera assignée, de même qu'un temps pour écrire et pour parler. La raison, qui est le message de l'école, en est aussi le médium.

Surgit alors Linné qui déclare: ce n'est pas à partir des parfums et des couleurs, encore moins à partir des analogies avec l'être humain, ou en fonction de leur utilité pour la santé ou le salut de ce dernier qu'il faut classifier les plantes, mais en fonction de la structure de la fleur et plus précisément du nombre, de la disposition et de la proportion des organes de reproduction: l'étamine et le pistil.

Le système linnéen

Dans le système linnéen, par ordre de généralité, viennent d'abord les classes (Linné en a distingué 24) puis les ordres et ensuite les familles, les genres et les espèces. Par exemple, l'espèce Rosa eglanteria (rosier églantier) appartient au genre Rosa, lequel appartient à la famille Rosacées, laquelle appartient à l'Ordre Rosales qu'il faut rattacher la classe Dicotyles. C'est aussi à Linné que remonte l'habitude de désigner les plantes par deux noms, celui du genre et celui de l'espèce. On ne donne que l'initiale du genre, comme dans R.Eglanteria.

Si Linné avait pu trouver des critères de classification plus abstraits, son système aurait sans doute été reconnu encore plus rapidement, en Angleterre du moins, où plusieurs estimaient qu'une science comme la botanique, où l'on mettait ainsi l'accent sur les private parts des plantes sauvages, ne convenait pas aux jeunes filles. A cause de l'importance qu'il accorde aux organes de reproduction des plantes, Linné a été appelé par certains le Freud de la botanique.

Linné était médecin à l'origine. Le botaniste canadien Michel Sarrazin (1659-1734), qui lui soumit plusieurs de ses découvertes, dont celle de la Sarracénie pourpre, était lui aussi médecin. La botanique était encore à cette époque une branche de la médecine. C'est le système de classification de Linné qui contribua le plus à en faire une science distincte.

Linné ne fut pas évolutioniste, mais la pertinence même de son système de classification appelait des hypothèses évolutionistes. Si telle espèce ressemble étonnamment à telle espèce voisine, pourquoi ne pas présumer que l'une a précédé l'autre dans le temps? Le choix des organes de reproduction comme critère allait aussi dans le sens d'une interprétation dynamique et évolutioniste de l'histoire des plantes.

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