Bioéthique

La bioéthique est l'éthique appliquée aux sciences et aux techniques de la vie, à la médecine plus particulièrement.

Essentiel

La bioéthique a lancé la mode de ce qu'on pourrait appeler les éthiques disciplinaires, parce qu'elles correspondent aux disciplines universitaires qui, à l'instar de la biologie ou de la médecine, sont le lieu d'innovations susceptibles d'entrer en contradiction avec les valeurs les plus fondamentales des sociétés. On verra sans doute apparaître une informéthique comme on a vu apparaître une éthique du génie, une éthique des affaires ou une éthique de l'environnement.

Bien qu'elles puissent être très utiles, ces éthiques insulaires sont ambiguës. Le cas de la bioéthique appliquée aux techniques de reproduction illustre bien cette ambiguïté. La plupart des sociétés avancées se sont trouvées tout à coup devant un fait accompli. Il était désormais possible de pratiquer l'insémination artificielle chez les humains, comme on le faisait depuis longtemps chez les animaux. Puis les innovations de ce genre se multiplièrent, jusqu'au clonage (...).

Au début des années 1980, la fécondation in vitro suscita une vive inquiétude dans la plupart des pays où on la pratiquait. Les bioéthiciens entrèrent alors en scène, avec mission, notons-le bien, non de s'indigner devant le fait que l'humanité avait été mise devant un fait accompli, mais de baliser le nouveau domaine envahi par la technique. Pour cette raison, l'entrée en scène de la biotéthique constituait avant tout une légitimation du phénomène. On ne réglemente pas des pratiques qu'on refuse. On les interdit, tout simplement.

L'éthique disciplinaire ou insulaire présente le même caractère ambigu partout où elle s'impose. Elle est en fait au service de la discipline qu'elle réglemente avant d'être au service de la société. Elle est subordonnée aux intérêts des groupes et des individus associés à une discipline, plutôt qu'à des principes universels. Cette subordination est même inscrite dans le statut des bioéthiciens. Jadis les maîtres de l'éthique, de la morale plutôt, car c'est le mot que l'on employait, appartenait en tant que prêtre ou pasteur à une religion ou en tant que professeur, à une faculté de philosophie ou de théologie. De par leur statut même, ils étaient indépendants par rapport aux divers domaines spécialisés. La règle aujourd'hui c'est que les éthiciens sont engagés et rémunérés par les départements correspondant aux disciplines dont ils doivent juger les pratiques.

Ces éthiques insulaires, répétons-le, peuvent rendre de précieux services. Il n'y pas lieu de les interdire. Il faut cependant faire en sorte qu'elles ne se substituent pas à l'éthique universelle, à laquelle on devrait toujours les subordonner.

À l'intérieur de l'informéthique, comme à l'intérieur de la bioéthique, il faut préciser des limites et introduire des balises. Il est toutefois plus important encore de préciser, dans le cadre de l'éthique universelle, la façon dont l'ensemble de la sphère informatique soit servir les besoins fondamentaux des personnes et des communautés. Dans la perspective universelle, l'ensemble du domaine informatique, ou des secteurs importants de ce dernier, pourraient être frappés d'interdit. Dans le cadre de l'informéthique on ne peut que réglementer des pratiques déjà implicitement approuvées.

Source: JACQUES DUFRESNE, Synthèse des aspects éthiques des inforoutes, 1997-1998

Essentiel

La bioéthique a lancé la mode de ce qu'on pourrait appeler les éthiques disciplinaires, parce qu'elles correspondent aux disciplines universitaires qui, à l'instar de la biologie ou de la médecine, sont le lieu d'innovations susceptibles d'entrer en contradiction avec les valeurs les plus fondamentales des sociétés. On verra sans doute apparaître une informéthique comme on a vu apparaître une éthique du génie, une éthique des affaires ou une éthique de l'environnement.

Bien qu'elles puissent être très utiles, ces éthiques insulaires sont ambiguës. Le cas de la bioéthique appliquée aux techniques de reproduction illustre bien cette ambiguïté. La plupart des sociétés avancées se sont trouvées tout à coup devant un fait accompli. Il était désormais possible de pratiquer l'insémination artificielle chez les humains, comme on le faisait depuis longtemps chez les animaux. Puis les innovations de ce genre se multiplièrent, jusqu'au clonage (...).

Au début des années 1980, la fécondation in vitro suscita une vive inquiétude dans la plupart des pays où on la pratiquait. Les bioéthiciens entrèrent alors en scène, avec mission, notons-le bien, non de s'indigner devant le fait que l'humanité avait été mise devant un fait accompli, mais de baliser le nouveau domaine envahi par la technique. Pour cette raison, l'entrée en scène de la biotéthique constituait avant tout une légitimation du phénomène. On ne réglemente pas des pratiques qu'on refuse. On les interdit, tout simplement.

L'éthique disciplinaire ou insulaire présente le même caractère ambigu partout où elle s'impose. Elle est en fait au service de la discipline qu'elle réglemente avant d'être au service de la société. Elle est subordonnée aux intérêts des groupes et des individus associés à une discipline, plutôt qu'à des principes universels. Cette subordination est même inscrite dans le statut des bioéthiciens. Jadis les maîtres de l'éthique, de la morale plutôt, car c'est le mot que l'on employait, appartenait en tant que prêtre ou pasteur à une religion ou en tant que professeur, à une faculté de philosophie ou de théologie. De par leur statut même, ils étaient indépendants par rapport aux divers domaines spécialisés. La règle aujourd'hui c'est que les éthiciens sont engagés et rémunérés par les départements correspondant aux disciplines dont ils doivent juger les pratiques.

Ces éthiques insulaires, répétons-le, peuvent rendre de précieux services. Il n'y pas lieu de les interdire. Il faut cependant faire en sorte qu'elles ne se substituent pas à l'éthique universelle, à laquelle on devrait toujours les subordonner.

À l'intérieur de l'informéthique, comme à l'intérieur de la bioéthique, il faut préciser des limites et introduire des balises. Il est toutefois plus important encore de préciser, dans le cadre de l'éthique universelle, la façon dont l'ensemble de la sphère informatique soit servir les besoins fondamentaux des personnes et des communautés. Dans la perspective universelle, l'ensemble du domaine informatique, ou des secteurs importants de ce dernier, pourraient être frappés d'interdit. Dans le cadre de l'informéthique on ne peut que réglementer des pratiques déjà implicitement approuvées.

Source: JACQUES DUFRESNE, Synthèse des aspects éthiques des inforoutes, 1997-1998

Articles


Pour une éthique des jours heureux

Jacques Dufresne
Texte d'une conférence prononcée au Colloque sur l’Éthique des organisations publiques, organisé par Le Regroupement d’établissements de santé et de services sociaux, région Saguenay-Lac-Saint-Jean, le 4 octobre 2002, à Saguenay.

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