«Mérimée dans les bonnes grâces de Mme Sand...»

Auguste Filon
Pour les bas-bleus, il s’en gardait. Son aventure avec le plus grand d’entre eux, vers le printemps de 1833, le mit en défiance, et pour jamais. Le court passage de Mérimée dans les bonnes grâces de Mme Sand est un fait d’histoire littéraire sur lequel s’est greffée une légende assez amusante. D’après cette légende, Sainte-Beuve, voyant que Mme Sand était seule et souffrait de cette solitude, lui aurait « donné » Mérimée, et, dès le lendemain, George Sand lui aurait écrit pour lui rendre et lui reprocher ce cadeau. Il n’est pas vrai que Sainte-Beuve ait joué ce rôle trop bienveillant et qu’il ait béni l’union civile de Mérimée et de Mme Sand. Mais il est exact qu’il reçut des confidences et des plaintes. La lettre, paraît-il, existe encore; il y est dit que George Sand, là où elle espérait rencontrer un cœur tendre et chaud, n’avait trouvé que « froide et méprisante raillerie ». Cette lettre circula et fit du tort à Mérimée. D’ordinaire très discret, mais impatienté de ces cancans, il se serait vengé en racontant sur sa bonne ou sur sa mauvaise fortune des détails plus gais que bienséants. Eut-il réellement ce tort ? Traita-t-il comme une simple aventure d’étudiant cette femme qui était au moins son égale par le talent ? Ce qui est certain, c’est qu’il ne se laissa pas mener où alla Musset, et qu’il fit bien. On verra dans quelle circonstance il retrouva celle qu’il avait dédaignée et irritée.



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