Ma mère, de Shiva Ryu

Poème coréen traduit du coréen à l'anglais, puis de l'anglais au français par Jung Yong et Dominique Collin.

From you I learned: the poetry in sounds and words, the bitter taste of unripe sweet potatoes, that radishes too have the mongolian spot on their white skin, and how to eat black snails with hardy orange tree thorns, and, from the day I was born, how to smile to fight back tears and clasp my hands in prayer.

You gave me this body, fickle like the winds of Spring, sensitive like the wild rose; you taught me to be content and thrive on nothing, like the red bean; you game me words that overcome winter cold, and with them, the hardy resistance of the humble plantain weed.

My poetry took flight in the backyard vegetable patch of my childhood, where the radish flower grew that you contemplated, lost in grief, and where the sunflowers grew that you nursed back to shape when winds and rains beat them to the ground. It rose in the shade cast by the sorrow in your eyes when I left home.

You gave me not just wings, but rainbow-colored wings, that I might soar in beauty. Yet the light I found cannot reach you: the deep furrows of time have sealed in darkness your tired brow.



C'est toi qui m'a fait découvrir le chant des mots, l'amertume de la patate douce cueillie trop tôt, la tache mongole sur la peau blanche du radis, l'art de déguster l'escargot noir en l'épinglant d'une ramille de citronnier, le sourire qui retient le flot des larmes et le geste des mains qui se referment en prière.

C'est à toi que je dois ce petit corps agile comme vent de printemps, sensible comme la rose sauvage; tu m'as appris à vivre de moins que rien, comme la fève rouge; tu m'as enseigné des paroles à faire fondre le givre d'hiver; tu m'as préparé à l'humble résilience du plantain.

La poésie m'est venue dans le petit jardin derrière la maison; tu y restais des heures à sourire de tristesse devant la fleur du radis jaune; tu y redressais les tournesols couchés au sol par les vents furieux. La poésie m'accompagne comme l'ombre triste de tes yeux le jour où je suis parti.

Tu m'as donné des ailes couleur d'arc-en-ciel pour que je m'envole en beauté. J'aurais tant voulu te faire goûter le soleil que j'ai cueilli, mais les profonds sillons des ans ont enfermé dans la nuit ton front épuisé. 




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