Un génie abondant

Hélène Laberge
De Bach ou de Mozart, lequel est le plus génial? Vain débat sans doute. Au royaume des génies et des saints, il n'y a pas de gradins. Lorsque l'intelligence s'est fusionnée de façon parfaite avec la beauté, elle s'est accomplie. Et l'accomplissement, par essence, exclut la comparaison. L'adhésion spontanée qute on donne à l'un plutôt qu'à l'autre relève d'une constitution complexe et subtile de la sensibilité individuelle. Il reste qu'on pourrait scinder en deux groupes les mélomanes de la terre, l'un et l'autre défendant leur dieu avec des arguments définitifs!

Lorsqu'on lit la vie de Mozart, on est d'abord touché par son destin de jeune virtuose s'exténuant car il était d'une santé plutôt fragile ou, tout au moins, rendue fragile par la vie de tournées qui fut la sienne à jouer devant les têtes couronnées de ce monde: à Munich, Vienne, Bruxelles, Paris, Rome, Milan, Naples, Londres, etc. Mais on est frappé de constater que, de même que Bach avait été mis en contact avec la musique italienne et française, de même Mozart rencontrera au cours de ses séjours dans tous ces pays d'Europe tous les grands musiciens grâce auxquels il complètera de façon exceptionnelle la formation déjà acquise auprès de son père. Lui aussi aura été immergé et de façon plus directe que Bach dans les grands courants musicaux de cette fin du XVIIIe siècle. C'est avec avidité qu'il cherchera à apprendre de chacun de ces maîtres le caractère distinctif de sa composition. À Paris il se met à l'école de Jean Schobert et d'Eckard; à Londres il recueille les leçons de Jean-Chrétien Bach et étudie Haendel; à Vienne il aura la révélation de Joseph Haydn et celle de Michel Haydn (oncle du premier) à Salzbourg; à Milan, il connaîtra Jean Baptiste Sammartini et à Bologne, le savant contrapuntiste Martini. (Vuillermoz)

Allegri et Mozart

Il fut un temps où la reproduction de certaines pièces musicales jugées précieuses était interdite. Au XVIIIe siècle par exemple, le Miserere à 9 voix d'Allegri appartenait au répertoire exclusif de la chapelle Sixtine et n'était joué qu'une fois par année pendant les services de la Semaine Sainte. À l'âge de 14 ans, Mozart étant à Rome au moment de Pâques, eut l'occasion d'entendre cette oeuvre. C'est alors qu'il réussit l'exploit devenu légendaire de la transcrire de mémoire après audition.

Mozart n'a vécu que trente-cinq ans et il a laissé plus de 600 oeuvres. En 1862, Ludwig von Köchel (1800-1877), un humaniste viennois (il fut avocat, précepteur des princes, botaniste et musicologue) constitua un catalogue des oeuvres de Mozart. D'où le fameux K. no (Köchel numéro ... ) qui identifie les morceaux de Mozart après le titre. Ce catalogue fut revisé par Einstein de 1936 à 1946.

Vuillermoz parle au sujet de Mozart de génie instinctif. Rien de cérébral dans ce génie instinctif. Mozart composait comme l'oiseau chante. La rapidité avec laquelle, dans une aussi courte carrière, il écrivit en se jouant ses quinze messes, ses vingt ouvrages scéniques, ses quarante symphonies, ses cinquantes concertos et ses cent oeuvres de musique de chambre prouve bien la divine facilité d'élocution dont il avait été doué par la nature. C'est à Joseph Haydn que nous laisserons le dernier mot sur celui qu'il appelait son fils: Je vous déclare devant Dieu et sur mon honneur, dit-il un jour au père de Mozart, que je tiens votre fils pour le plus grand des compositeurs que je connaisse.

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