L'épopée du miel

Hélène Laberge
La découverte du miel se perd dans la nuit des temps. Il semble que plus les aliments sont élémentaires, plus ils se sont révélés rapidement aux hommes. Et plus les hommes les ont liés à leur vie symbolique. Ainsi croyait-on en Mésopotamie que les dieux qui buvaient le miel devenaient immortels et exempts de toute maladie. Dyonisos, le dieu grec du vin, avait vu les flancs du Mont Parnasse où il établit sa demeure ruisseler de miel. La Bible est remplie d'allusions au miel, dont les plus célèbres sont dans le Cantique des Cantiques.


«Tes lèvres, ma fiancée, distillent le miel vierge
Le miel et le lait sont sous ta langue;...
J'entre dans mon jardin, ma soeur, ma fiancée,
je récolte ma myrrhe et mon baume,
je mange mon miel et mon rayon,
je bois mon vin et mon lait.
Mangez, amis, buvez,
enivrez-vous, mes bien-aimés!»

Le miel dans l'alimentation était mêlé à toutes les sauces. Il adoucissait le sel, coupait la saveur trop forte des épices. Une des farces les plus appréciées des Grecs était composée de fromage, d'oignons, de vinaigre, de viscères et de miel. La cuisson dans un court-bouillon au miel se retrouve dans moult recettes aussi bien occidentales qu'orientales et à toutes les époques. Même les Indiens du Canada ont des plats à base de miel. En voici un, recueilli par M. Toussaint-Samat, provenant des Algonquins et des Mohawks: (Ils) «font cuire sous la cendre de petites citrouilles vidées de leurs pépins et remplies de miel, de cidre alcoolisé! (sic) et de beurre». Voilà une recette à laquelle le contact avec les Blancs aura indéniablement contribué!

«La bibliographie de l'Abeille ...est des plus étendues. Dès l'origine, ce petit être étrange, vivant en société, sous des lois compliquées, et exécutant dans l'ombre des ouvrages prodigieux, attira la curiosité de l'homme. Aristote, Caton, Varron, Pline... Virgile s'en sont occupés». (La vie des abeilles, Maeterlinck, Fasquelle Éditeurs, 1935 p. 13) Leurs observations se distinguent mal du légendaire des abeilles. Ce n'est, poursuit Maeterlinck qu'au XVIIe siècle que le savant hollandais «Swammerdam, inventa les véritables méthodes d'observation scientifique, ...précisa définitivement ...le sexe de la reine qu'on avait crue roi jusqu'alors, et, du coup, éclaira d'un rayon inattendu toute la politique de la ruche en la fondant sur la maternité». Au XXe siècle, un compatriote de Swammerdam, l'éthologiste Karl von Frish, obtiendra le prix Nobel de médecine (1973), pour des travaux où, entre autres choses, il démontra que les abeilles indiquaient par des danses spéciales la direction et la distance de la nourriture à butiner. Von Frish prouvait par là que les abeilles avaient un psychisme plus évolué que celui des chimpanzés. C'est aussi en étudiant les abeilles que l'éthologiste français Rémy Chauvin et son équipe découvrirent les phérormones, ces hormones qui voyagent dans l'espace. Ils bouclaient la boucle sans le vouloir avec le symbolisme que les Anciens attachaient au miel, en découvrant des merveilles que ces derniers n'avaient pas imaginées...

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