Monsieur Ingres et son violon

Francis Wey
Ces jardins et notre académie sont donc une terre presque française, placée sous le patronage de notre église de la Trinité, centre d'un belvédère d'où le regard plane en liberté sur la ville.

Pénétrez dans cette église, élevée comme un tabernacle au bout de la cité : le monument est lourd et sans caractère. La Révolution française avait fait de ce temple un galetas; Louis XVIII l'a rendu au culte et M. de Blacas l'a fait restaurer selon le goût indigent et glacial du temps, par le correct archéologue du Palais de Scaurus. Exclusivement dévoué à la science de l'antiquité, le gendre d'Alexandre Duval, et le grand-oncle de Henri Regnault, l'estimable Mazois n'a pas su restituer sa physionomie à une église du quinzième siècle; il l'a modernisée à l'antique du jour.

Que je l'eusse préférée telle que l'a vue M. Ingres lorsque vers 1810 il en fit son atelier pour y peindre son énorme ébauche à la détrempe du Romulus vainqueur d'Acron ! Dans une petite aquarelle, l'artiste s'est représenté presque microscopique et vu de dos, occupé à peindre sur un tabouret, dans cette église, à l'angle de sa toile énorme : son fidèle violon est posé à terre contre le tableau; au-dessus de la toile vous reconnaissez les cintres de la nef. On évoque ainsi les journées solitaires du jeune peintre grignotant sa grande page, et de temps en temps par manière de distraction prenant son archet, pour régaler d'un filet de vinaigre les échos orphelins de la Trinité...

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