Le bien et le beau chez Leibniz

Clodius Piat
Dès lors, on peut voit, en quoi consiste le bien. Ce qui fait la bonté d'une chose, ce n'est pas la quantité d'être qu'elle renferme. Spinoza, sur ce point, a commis une erreur fondamentale, celle qui, par voie de conséquences, devait le conduire tout droit au panthéisme. Le bien n'est pas plus la « réalité » brute que les pièces d'une belle machine, entassées pêle-mêle sur une charrette, ne sont cette machine elle-même. Le bien relève de la qualité; c'est une coordination d'éléments, c'est une harmonie, c'est l'ordre. Par là même aussi, le bien, c'est le beau . Et nous voilà revenus à l'idée qui domine toute la pensée grecque, en philosophie et en morale aussi bien que dans les arts. Nous voilà revenus à cette manière apollinienne de voir les choses d'après laquelle il n'y a plus qu'une catégorie, celle de la beauté. C'est l'influence de Platon qui triomphe à nouveau.

Cependant, il est bon de remarquer qu'avant 1715, la pensée de Leibniz n'était pas restée étrangère à cette notion hellénique du bien. C'est sous la forme du beau qu'il conçoit la nature dès l'année 1670 , et cette idée ne fait que s'expliciter dans la suite. D'autre part, en 1666, il affirme déjà, au cours de son « art combinatoire », que «la justice » consiste dans une certaine « mesure des passions ». Quelques années plus tard, en 1671, la même vertu revêt sous sa plume un caractère d'ordre mathématique. À son sens, aider autrui, c'est multiplier. Supposez, par exemple, que la personne à laquelle on prête son concours, possède trois de sagesse et quatre de puissance, il faut prendre garde que le résultat de son action est 3 x 4 ou 12 et non 3 + 4 ou 7. La règle de la justice distributive se réduit à une proportion mathématique.

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