Katha Upanishad

Anonyme
Les Upanishad comptent parmi les plus anciens écrits de l'Inde védique. L'étymologie la plus généralement retenue pour upanishad est «s'asseoir tout près», de la racine sad (s'asseoir) et des suffixes upa et ni, mettant en évidence le fait de s'asseoir, pour le disciple, tout près du maître afin d'écouter son enseignement secret.
Ce passage fait partie de la première Upanishad. Le disciple (Nachikêtas) reçoit son enseignement de la Mort (Yama).
(Nachikêtas dit:) Il existe une difficulté: quelques-uns disent que l'âme existe après la mort de l'homme; d'autres qu'elle n'existe pas. Je voudrais, recevant tes instructions, savoir ce qui en est.

(Yama dit:) Quant à cette question, elle a jadis été faite par les dieux eux-mêmes, car il n'est pas aisé de la comprendre; sa nature est subtile.
(Nachikêtas dit:) Dis-nous, ô Mort, ce qui concerne la grande question touchant l'autre monde que les dieux eux-mêmes ont posée, Nachikêtas ne réclame de toi que de savoir ce qui concerne l'âme, et ce qui est ignoré des mortels.

(Yama dit:) L'âme n'est pas acquise par beaucoup d'hommes, parce qu'ils n'en entendent pas parler, et beaucoup d'hommes ne la connaissent pas, quoiqu'ils en entendent parler; celui qui en parle est admirable, celui qui la reçoit est ingénieux, celui qui la connaît est admirable, lorsqu'ils sont instruits par un maître éclairé.

Cette âme, déclarée par un homme inférieur, n'est pas facile à connaître, et il faut y penser de diverses manières; ainsi lorsqu'elle est enseignée par un maître qui n'aperçoit pas de différence (ou dont l'âme n'est pas différente de l'âme universelle), il n'y a pas de doute à son égard; autrement l'âme étant plus subtile que ce qui est subtil ne peut être obtenue par la discussion (fondée sur notre propre intelligence).

La connaissance que tu as demandée, ô toi que je chéris, ne peut être obtenue par l'argumentation; mais il est facile de la comprendre lorsqu'elle est déclarée par un maître qui ne voit pas la différence. Tu es persévérant dans la recherche de la vérité. Puise-t-il y avoir un autre mortel aussi désireux que toi de s'instruire!

L'âme douée de la science n'a point eu de naissance, et elle ne meurt pas; elle n'a point été produite par quelque objet; éternelle et exempte de toute viscissitude, elle n'est pas tuée, quoique le corps soit tué.
Si celui qui tue (le corps) pense qu'il tue; si celui qui est tué se regarde comme tué, ils se trompent tous deux. L'âme ne peut être tuée.

L'âme qui est plus subtile que ce qui est subtil, plus grande que ce qui est grand est assise dans la cavité de l'être vivant. Celui qui est exempt de désir et de chagrin contemple, par la tranquilité de ses sens, la majesté de l'âme.

En calmant l'âme, on va loin; en l'endormant, on va en tout lieu. Qui donc, si ce n'est moi, est capable de comprendre le dieu qui réjouit et qui ne réjouit pas?

En regardant l'âme comme incorporelle parmi les corps, comme stable parmi les choses qui passent, comme grande et pénétrant partout, le sage se délivre de tout regret.

L'âme ne peut être gagnée par la connaissance, ni par l'entendement ni par une science étendue. Elle peut être obtenue par l'âme qui la désire. L'âme (de celui qui désire connaître sa propre âme) révèle sa propre vérité.

Quiconque n'a pas renoncé aux voies mauvaises, qui n'est pas subjugré (dans ses sens), ou concentré (par son intelligence), et qui n'est pas dompté par son esprit, n'obtient pas l'âme, même par la connaissance (de Brahmâ).

Qui est en état de connaître ici cette âme dont la nourriture est à la fois le brahmane (sage) et le kshattra (roi), et dont l'assaisonnement est la mort?
Regardez l'âme (qui anime le corps) comme celui qui est monté sur le char et le corps comme le char; regardez l'entendement comme le conducteur, et l'esprit comme les rênes.

On le dit, les sens sont les chevaux et les objets qu'ils se proposent sont les routes. L'âme douée du corps, des sens et de l'esprit, jouit de ce qui l'entoure; ainsi parlent les sages.

Tout homme dépourvu de sagesse et ne faisant pas usage des rênes a des sens indomptés comme des chevaux fougueux qui emportent le char.
Mais le sage, dont l'esprit est toujours attentif, a ses sens subjugués comme les chevaux dociles que guide un conducteur.

Quiconque est dépourvu de sagesse et de vigilance, quiconque est toujours impur n'arrive pas au but, mais redescend dans le monde.
Mais quiconque est sage, vigilant, toujours pur, atteint le but et n'a pas à naître à nouveau.

L'homme dont le char est dirigé par un sage conducteur et dont les rênes (de l'esprit) sont habilement dirigés atteint le but placé à l'extrémité de la route, le séjour le plus élevé de Vishnu.

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