Pensées sur le courage
"La peur est ce qui gronde dans le courage; la peur est ce qui pousse le courage au delà du but. Car l'homme ne pense qu'à cette victoire sur soi poltron, et ne la voit jamais gagnée, puisque l'homme peut avoir peur de ses propres actions, à seulement y penser, et même de son propre courage. C'est pourquoi il n'écoute point conseil. Je le vois plutôt qui tient conseil entre les parties de lui-même, méditant contre les conspirateurs et les traîtres, qui lui sont intimes et quelquefois impudemment. Qui n'a pas palpé sa propre peur, en vue de la démasquer, de la traîner nue, de l'injurier?" (Alain, Les Idées et les Ages - Les Passions et la Sagesse)
"Il n'est pas de vertus humaines que je prise autant ou aussi peu, suivant les cas, que le courage. Le vrai courage, disait Napoléon, c'est celui de trois heures du matin. Il voulait dire par là, sans doute, que le courage auquel il accordait estime était celui d'où toute griserie, toute vanité, toute émulation fussent exclues. Un courage sans témoins, sans complices ; un courage à froid et à jeun." (André Gide, Journal 1889-1939, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1951)