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Pionniers de l'écologie

La première version de cet article a paru en 2015, juste avant la Conférence de Paris sur le climat. Il a conservé et conservera longtemps toute sa pertinence.


UN SIÈCLE DE PENSÉES CONVERGENTES

C’est le climat qui est le sujet de la Conférence de Paris et c’est la question de la limite qui en sera l’enjeu principal : limite d’abord à l’émission des gaz à effet de serre, mais aussi à la croissance et à la pollution sous toutes ses formes Tout se tient dans la nature. L’échec de cette conférence est un risque dont l’humanité ne peut pas s’offrir le luxe, mais les défis à relever sont si nombreux que le plein succès tiendrait du miracle.

Parmi les conditions de la réussite de cette conférence, il y la connaissance des auteurs qui, depuis un siècle ont sonné l’alarme à propos des trois dimensions du progrès devenues le lieu d’une démesure contreproductive : l’argent, la technique, les diverses pollutions.
Ces auteurs, de John Muir à Edgar Morin, sont des êtres qui possèdent au plus haut degré la sensibilité et les connaissances permettant d’apercevoir et de signaler les atteintes à la nature. Ce sont des canaris dans la mine. À leur contact notre sensibilité et notre intelligence se réveillent et nous font rompre les habitudes qui rendent tout tolérable à nos yeux. C’est ainsi par exemple que sous l’influence de Rachel Carson, l’auteur de Silent Spring, en français Le printemps silencieux, j’ai commencé à m’intéresser au sort d'oiseaux insectivores, comme l’hirondelle. J’avais d’abord été alerté par l’absence d’hirondelles dans ma campagne au cours des dernières années. Signe des temps inquiétant : personne autour de moi n’avait fait la même observation, même s’il avait été question de la chose dans les médias. À croire que ces oiseaux danseurs nous fuient parce que nous sommes devenus indifférents à leur endroit.

Entre 1970 et 2010, les insectivores ont connu au Canada un déclin de l’ordre de 70 % que rien ne semble devoir freiner, puisqu’on n’en connaît pas les causes précises. Le professeur André Desrochers de l’Université Laval, fait dans son blogue l’hypothèse du bon sens : il y a moins d’insectes dans l’air. Hélas! Non seulement, on ne connaît pas les causes de ce fait, mais on ne parvient pas à établir ledit fait de façon satisfaisante, faute de méthodes fiables pour mesurer la quantité d’insectes comestibles dans l’air. De toute évidence, l’opinion publique n’a pas exercé dans ce cas de pression comparable à celle qui a permis aux disciples de Rachel Carson d’obtenir l’abolition du DDT.

La dose de vérités attristantes que nous pouvons tolérer quotidiennement est limitée. Et il est pénible de jouer les Cassandre, même quand on est persuadé que l’avenir de la planète et de l’humanité est en cause. S’étant refusée à Zeus, Cassandre, qui avait le don de prédire l’avenir, a été condamnée à ne pas être entendue.

Nous devons donner aux pionniers une nouvelle chance d’être entendus. Ils ont une autre chose à nous apprendre : ne pas attendre la toxicité extrême pour sonner l’alarme. Rachel Carson l’a appris à ses dépens. Les preuves scientifiques de ce qu’on a observé localement sont difficiles à établir. Dans le cas des oiseaux chanteurs qu’elle aimait, ses adversaires du secteur de la chimie, Monsanto en tête, ont exigé des preuves de toxicité extrême, ce qui équivalait à dire à la population : vous devez tolérer ce qui ne vous tue pas sur le coup!

C’est pourquoi Rachel Carson a mené sa campagne au nom de la bonne vie plutôt qu’au nom du minimum vital. N’attendez pas, disait-elle, de perdre votre tonus, votre vitalité, votre créativité. Exigez de vivre plutôt que de vous contenter de durer en vous traînant d’une bouée à une autre .«Avons-nous donc sombré dans un état d’hypnose qui nous fait considérer comme inévitable ce qui est inférieur ou dégradant, avons-nous perdu toute trace de cette volonté et de cette vision qui nous permettrait d’exiger ce qui est bon? Cette façon de penser, note l’écologiste Paul Shepard ‘’équivaut à réduire l’idéal de vie à un minimum consistant à se tenir la tête hors de l’eau, quelques pouces au-dessus du seuil de tolérance à la toxicité de l’environnement.’’» Comme si les petites doses du venin ne s’accumulaient pas dans l’organisme! Source: édition numérique


L’enthousiasme que l’Encyclique Laudato Si a suscité dans le monde a le même fondement et l’accueil universellement favorable qui lui a été accordée est une source d’espoir. On donne généralement raison à Edgar Morin, un athée qui y voit un premier appel à une nouvelle civilisation. Pour Fritjof Capra, proche du bouddhisme, il s’agit d’un chef d’œuvre de la pensée systémique.

L’un des mérites de cette œuvre est d’être une synthèse des travaux qui, depuis plus d’un siècle, ont témoigné des efforts des hommes pour comprendre la transformation récente de leurs rapports avec la nature, en mesurer la portée et fournir les mobiles pour l’action à entreprendre.
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Nous envisageons un liste d’une cinquantaine d’auteurs ayant joué un rôle de pionniers. Même s’ils proviennent des horizons les plus divers, leurs vues convergent vers un même sens de la limite. Nous ne prétendons ni à l’exhaustivité ni à l’objectivité de notre choix, mais ce qu’il peut perdre en objectivité, il le retrouvera, nous l’espérons, sous forme d’intimité. Nous avons connu personnellement une quinzaine d’entre eux, plusieurs ont été des amis.

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