Strasbourg au XIXe siècle

Théophile Gautier
Tout le monde connaît Strasbourg, et nous n'avons nulle envie de le décrire; c'est pourtant une ville déjà bien allemande, quoique toute Française de coeur : à son cachet profondément germanique, on la croirait plutôt au delà qu'en deça du Rhin. La plupart de ses maisons ont conservé le grand toit primitif, à plusieurs étages de lucarnes où les cigognes aiment à revenir. Les enseignes parlent deux langues, comme celles de Bayonne, et les rues portent des noms bizarrement poétiques, la rue de la Nuée-Bleue par exemple.

Après un excellent souper à l'hôtel de Paris, - un vrai palais ! - quoiqu'il fût près d'une heure du matin, nous allâmes mettre notre carte chez notre vieil ami le Munster. On ne pouvait que distinguer confusément sa masse; mais son énormité, dégagée de détails, n'en était que plus sensible. La flèche escaladait le ciel avec une ardeur de foi incroyable, et la base semblait dire : "Pourquoi ne m'a-t-on pu chargée de quelques étages encore ? Je les aurais bien portés; c'est une honte que Babel et la grande pyramide aient pu regarder par-dessus la tête d'une église chrétienne."



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