Sommeil

État de quelqu'un qui dort ; état physiologique périodique de l'organisme (notamment du système nerveux) pendant lequel la vigilance est suspendue et la réactivité aux stimulations amoindrie.

Essentiel

Dans la tradition romantique allemande, on attache la plus grande importance au sommeil et à la vie nocturne, comme nous le rappelle Ludwig Klages dans cet extrait de la Conscience et la vie.

«L'idée suivante devrait occuper la première place dans nos esprits: Il appartient à la nature de la conscience pensante d'être soumise à un passage rythmique de la lumière à l'obscurité, de l'action de saisir au fait d'être saisi, de la veille au sommeil. La vie individuelle s'écoule également en nous avec une constance ininterrompue quoique limitée au court laps de temps qui sépare la naissance de la mort. Par contre, sa compagne en nous, la conscience sombre chaque jour, épuisée, et passe environ le tiers de son temps dans cet étai de telle sorte que pendant le sommeil nocturne, nous ne savons rien du moi propre ni du monde extérieur. On ne peut invoquer de témoignage plus probant en faveur de la différence essentielle entre la conscience et la vie. Celui qui confond les deux devrait affirmer, pour être logique, que le dormeur est mort et qu'il ressuscite chaque matin. Il est toutefois faux de prétendre que nous sommes plus prêts de la mort pendant notre sommeil; “les puissances vitales curatives, régénatrices, protectrices ne sont jamais plus actives que dans le sommeil profond, ce que l'antiquité mythique nous apprend lorsque, dans les rêves faits dans les cavernes des dieux de la terre et dans les temples d'Asclépiade, elle puise des signes et des présages pour un mode de vie heureux et, avant tout, des règles pour permettre à ses malades de recouvrer la santé.” Nous savons tous cela même si plus d'un l’oublie à cause du bruit que fait sa pensée éveillée. Même les hommes prosaïques trouveront, du moins dans leur enfance, le souvenir d'un de ces réveils où, comme arrachée à des mains maternelles protectrices, l'âme se croit attirée vers la lumière implacable et, avec un sentiment de nostalgie étrange pressent l'existence du trésor caché de sa vie nocturne. C'est le contenu de ces états d'âme qu'explicitent les contes du paradis perdu, de l'âge d'or et d'argent où, selon l'expression d'Hésiode, les hommes ressemblaient à d'éternels enfants, voire même à la plante fixée au sol. Par la suite, placée comme Héraclès devant le choix entre la vie et l'esprit, l'humanité a comme lui également préféré le chemin de la volonté et de la pensée et a trouvé sur ce chemin, comme lui toujours, la souffrance, la fatigue et de terribles aventures.»

Source: LUDWIG KLAGES, Bewusstsein und leben, in Mensch und Erde Mensch und Erde, Eugen Diederichs, Jena, 1929 p.

 

 

 

Essentiel

Dans la tradition romantique allemande, on attache la plus grande importance au sommeil et à la vie nocturne, comme nous le rappelle Ludwig Klages dans cet extrait de la Conscience et la vie.

«L'idée suivante devrait occuper la première place dans nos esprits: Il appartient à la nature de la conscience pensante d'être soumise à un passage rythmique de la lumière à l'obscurité, de l'action de saisir au fait d'être saisi, de la veille au sommeil. La vie individuelle s'écoule également en nous avec une constance ininterrompue quoique limitée au court laps de temps qui sépare la naissance de la mort. Par contre, sa compagne en nous, la conscience sombre chaque jour, épuisée, et passe environ le tiers de son temps dans cet étai de telle sorte que pendant le sommeil nocturne, nous ne savons rien du moi propre ni du monde extérieur. On ne peut invoquer de témoignage plus probant en faveur de la différence essentielle entre la conscience et la vie. Celui qui confond les deux devrait affirmer, pour être logique, que le dormeur est mort et qu'il ressuscite chaque matin. Il est toutefois faux de prétendre que nous sommes plus prêts de la mort pendant notre sommeil; “les puissances vitales curatives, régénatrices, protectrices ne sont jamais plus actives que dans le sommeil profond, ce que l'antiquité mythique nous apprend lorsque, dans les rêves faits dans les cavernes des dieux de la terre et dans les temples d'Asclépiade, elle puise des signes et des présages pour un mode de vie heureux et, avant tout, des règles pour permettre à ses malades de recouvrer la santé.” Nous savons tous cela même si plus d'un l’oublie à cause du bruit que fait sa pensée éveillée. Même les hommes prosaïques trouveront, du moins dans leur enfance, le souvenir d'un de ces réveils où, comme arrachée à des mains maternelles protectrices, l'âme se croit attirée vers la lumière implacable et, avec un sentiment de nostalgie étrange pressent l'existence du trésor caché de sa vie nocturne. C'est le contenu de ces états d'âme qu'explicitent les contes du paradis perdu, de l'âge d'or et d'argent où, selon l'expression d'Hésiode, les hommes ressemblaient à d'éternels enfants, voire même à la plante fixée au sol. Par la suite, placée comme Héraclès devant le choix entre la vie et l'esprit, l'humanité a comme lui également préféré le chemin de la volonté et de la pensée et a trouvé sur ce chemin, comme lui toujours, la souffrance, la fatigue et de terribles aventures.»

Source: LUDWIG KLAGES, Bewusstsein und leben, in Mensch und Erde Mensch und Erde, Eugen Diederichs, Jena, 1929 p.

 

 

 

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