Essentiel

Le premier souci des groupes humains a toujours été non pas de limiter leur croissance démographique mais d'assurer leur survie. D'où l'importance du culte de la mère et de la fécondité dans de nombreuses religions; d'où aussi la répression dont ont été l'objet les religions anti-natalistes, tel le catharisme. À tout moment, une famine, une épidémie ou une guerre pouvait décimer une population complète.

À partir du XVIIIe siècle, la population de l'ensemble de l'humanité a crû de façon constante. Alors est apparue la crainte, illustrée par l'oeuvre de Malthus, que la planète ne suffise pas à nourrir tous ses habitants.

Cette crainte subsiste, malgré la démonstration de Frances Lappé. C'est pourquoi, même si l'on sait que ce ne sont pas les ressources qui font défaut, mais la volonté de les distribuer adéquatement, les religions, dont l'Islam et dans une moindre mesure le catholicisme, qui interdisent certaines méthodes efficaces de contrôle des naissances suscitent une vive opposition. Voici comment Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank, voit ce problème: à une collaboratrice qui se désespérait du fait que les femmes pauvres aient des familles si nombreuses, et qui lui demandait pourquoi on ne leur parlait pas tout de suite de planification familiale, il répondait: «on ne peut semer deux graines à la fois». Pour lui, il faut commencer par aider les familles à sortir du trou, par les moyens de la micro-économie, avant toute chose. Sans micro-crédit, ces femmes seraient trop pauvres pour que les méthodes anti-natalistes aient un sens quelconque pour elles.

Enjeux

«Malgré l'essor de la richesse collective, évaluée maintenant à 24 000 milliards de dollars par an, environ 1,2 milliard de personnes dans le monde entier continuent de vivre avec moins d'un dollar par jour – situation définie par l'expression «extrême pauvreté» et caractérisée par la faim, l'analphabétisme, la vulnérabilité, la maladie et les décès prématurés. La moitié des humains vivent avec 2 dollars par jours ou moins.»

Source: Rapport sur le développement dans le monde 2000/2001: Combattre la pauvreté. New York: Oxford University Press.

«Les ressources pour nourrir 10 milliards d'être humains ont beau exister, la volonté d'en assurer le juste partage, elle, n'existe pas. L'échec récent des efforts visant à assurer un meilleur partage de l'eau illustre bien ce problème. Sept millions d'enfants sont morts de faim et de soif en 1998.

Faut-il proposer le contrôle des naissances avec plus d'insistance, au risque de provoquer des chocs culturels?

Faut-il accroître l'émigration vers les pays riches et peu peuplés, au risque de provoquer des tensions raciales?

On sait aussi que l'accroissement à tout prix du rendement de l'agriculture n'est pas sans danger, comme le prouve la controverse mondiale au sujet des plantes et des aliments transgéniques.

Aucun élément de solution n'est négligeable, mais ne conviendrait-il pas de mettre d'abord l'accent sur la modération de la consommation dans les pays riches, particulièrement celle de la consommation de viande?



«La Division de la Population du Département des Affaires économiques et sociales des Nations Unies publiait en 1998 une édition révisée de la World Population. Estimates and Projections. Ce document confirme ce que les démographes les plus autorisés annoncent depuis des années et que les milieux "malthusiens" sont maintenant forcés de reconnaître: partout, le taux de croissance et les indices de fécondité de la population mondiale sont en train de baisser; la population vieillit; en bien des pays, le renouvellement des générations n'est plus assuré.

En 1965-1970, la population mondiale croissait de 2% par an; ce taux est aujourd'hui de 1,3 %. Dans 61 pays, réunissant 44% de la population mondiale, l'indice synthétique de fécondité (nombre d'enfants par femme en âge de fécondité) est en dessous du seuil de remplacement. Or, pour qu'une population se renouvelle, chaque femme doit avoir 2,1 enfants. Cet indice est de 1,20 et 1,15, respectivement, en Italie et en Espagne; on prévoit qu'en 2050, ces pays auront perdu 20% de leur effectif démographique actuel. (...) Ce déclin général de la fécondité est universel et est la cause de la baisse des taux de croissance et du vieillissement. Quant à l'âge médian, qui divise la population en deux parties égales, il se situait à 23,5 ans en 1950. En 2050, pour l'ensemble de la population mondiale, il serait de 37,8; il pourrait cependant arriver à hauteur de 45,6 ans dans les pays développés!

L'édition 98 de la World Population Estimates and Projections avance enfin qu'en 2050, la population mondiale atteindrait 8,9 milliards d'habitants. Au cours des années précédentes, la célèbre Population Division avançait des chiffres sensiblement plus élevés: 9,4 milliards (1996 Revision, publiée en janvier 1998!); 9,8 (World Population 1994); 10,0 (Population Projections, 1992).

Les démographes de la Population Division restent discrets sur les causes de ce déclin. Ici, il y aurait notamment lieu de relever que les gens se marient moins qu'avant et qu'ils se marient plus tard. Il faudrait surtout mentionner les techniques anti-natalistes: contraception, avortement, stérilisation. Au chapitre des conséquences, on prévoit une dépopulation: en 2050, la population de 56 pays aura un taux de croissance négatif. Sur les 61 pays où, en 1998, la fécondité ne suffit pas au remplacement de la population, 30 auront une population en baisse en 2050.

L'augmentation généralisée de l'espérance de vie continuera, certes, à être la cause principale de l'augmentation de la population; ce phénomène sera surtout perceptible dans le Tiers-Monde. Il s'y accompagnera toutefois d'un vieillissement de la population: de 1998 à 2050, la population de plus de 60 ans sera multipliée par 9 dans les pays moins développés! Il faudrait mentionner encore d'autres conséquences du déclin: déséquilibres dans les structures par âges entre les différents pays; migrations incontrôlables; collapsus des systèmes de sécurité sociale et d'éducation; conflits entre les générations jeunes et les générations âgées, etc.»

Michel Schooyans, «Le Caire, cinq ans après» (agence d'information Zenith, 5 février 1999). Voir un article dans lequel Michel Schooyans, professeur de philosophie politique à Louvain, fustige l'ONU: «Dans son dernier rapport annuel sur l'État de la Population mondiale 1998, cette agence funeste doit bien concéder que la fécondité tend à chuter partout. Cela n'empêche cependant pas cette agence de réchauffer son rabâchage habituel selon lequel il y a trop de Noirs, trop de Jaunes, trop de Latino-Américains, et qu'au nom des "nouveaux droits de l'homme" il faut mettre bon ordre à tout ça. Si rien n'est fait, de tels programmes de discrimination manifeste finiront tôt ou tard par entraîner l'ONU à sa confusion et à sa perte.»

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