Pétrole

Essentiel

«Malgré les évolutions économiques et politiques, certaines caractéristiques du pétrole sont demeurées inchangées. Denrée stratégique, indispensable à la vie quotidienne des pays industrialisés, il constitue une des bases fondamentales de toute politique étrangère. Aucun État responsable ne se risquerait à négliger la sécurité des approvisionnements en pétrole. Même si chaque pays conjugue à sa façon le concept d'indépendance stratégique, tous ont pris des mesures particulières pour juguler les menaces de rupture des stocks. C'est dire si l'industrie pétrolière est impliquée dans la politique intérieure et extérieure des États.

Matière première hautement stratégique, le pétrole jaillit en abondance le plus souvent dans des zones instables politiquement et économiquement. La présence d'une telle richesse ne contribue pas forcément à stabiliser ces zones. Les investissements nécessaires à l'exploitation des gisements de pétrole sont extrêmement élevés, leur rentabilité est calculée à très longue échéance, en général entre dix et trente ans. Aussi, les compagnies pétrolières sont-elles tenues de nouer des relations suivies avec les États producteurs propriétaires du domaine minier. Aucune autre matière première ne nécessite une telle démarche.

Par leur taille, leur chiffre d'affaires, la diversité de leur activité, ces groupes multinationaux ont une puissance surdimensionnée par rapport à certains États producteurs avec lesquels ils traitent. Le chiffre d'affaires des premiers groupes pétroliers mondiaux représente l'équivalent voire trois à quatre fois le PIB de certains États exportateurs. Le chiffre d'affaires d'Exxon, premier producteur mondial s'élevait en 1998 à 115,6 milliards de dollars, le PIB du Nigeria à 108 milliards de dollars, celui du Cameroun à 26,4 milliards de dollars, celui de l'Angola à 16,7 milliards de dollars, celui du Gabon à 8,7 milliards de dollars et celui du Tchad à 6,9 milliards de dollars. Quoi que fassent les compagnies pétrolières, leur implantation dans un pays a forcément un impact considérable.

Les chocs et contrechocs pétroliers ont accentué la mondialisation du marché du pétrole. Quand en novembre 1998 la mission a tenu ses premières réunions, les cours du pétrole étaient en chute libre pour tomber à un niveau inférieur à celui du premier choc pétrolier de 1973: 10 dollars le baril. Depuis, les cours ont remonté à 20 dollars le baril, déjouant les prévisons pessimistes que la mission a entendues.

Les processus de fusion ont transformé les grands groupes pétroliers, accentuant leurs caractères multinationaux. A la fusion d'Exxon et de Mobil ont répondu celles de BP-Amoco avec Arco, de Total avec Fina et plus récemment le projet de fusion TotalFina Elf-Aquitaine. Ce projet aura un impact certain en France. (...)

Au XXème siècle, aucune autre matière première, fût-elle très précieuse, n'a suscité autant de tensions, voire de guerres (la Guerre du Golfe en est la parfaite illustration), d'interventions secrètes, de flux financiers occultes, de vraies fausses sociétés... Une certaine opacité caractérise dans certains pays l'utilisation de la rente pétrolière. Malgré les redevances versées, les populations ne bénéficient d'aucune retombée en terme de développement, bien au contraire.»

Source: Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, Rapport d'information sur le rôle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et son impact social et environnemental (no 1859, 13 octobre 1999): tome 1 (rapport). Rapporteurs: Marie-Hélène Aubert, Pierre Brana et Roland Blum

Essentiel

«Malgré les évolutions économiques et politiques, certaines caractéristiques du pétrole sont demeurées inchangées. Denrée stratégique, indispensable à la vie quotidienne des pays industrialisés, il constitue une des bases fondamentales de toute politique étrangère. Aucun État responsable ne se risquerait à négliger la sécurité des approvisionnements en pétrole. Même si chaque pays conjugue à sa façon le concept d'indépendance stratégique, tous ont pris des mesures particulières pour juguler les menaces de rupture des stocks. C'est dire si l'industrie pétrolière est impliquée dans la politique intérieure et extérieure des États.

Matière première hautement stratégique, le pétrole jaillit en abondance le plus souvent dans des zones instables politiquement et économiquement. La présence d'une telle richesse ne contribue pas forcément à stabiliser ces zones. Les investissements nécessaires à l'exploitation des gisements de pétrole sont extrêmement élevés, leur rentabilité est calculée à très longue échéance, en général entre dix et trente ans. Aussi, les compagnies pétrolières sont-elles tenues de nouer des relations suivies avec les États producteurs propriétaires du domaine minier. Aucune autre matière première ne nécessite une telle démarche.

Par leur taille, leur chiffre d'affaires, la diversité de leur activité, ces groupes multinationaux ont une puissance surdimensionnée par rapport à certains États producteurs avec lesquels ils traitent. Le chiffre d'affaires des premiers groupes pétroliers mondiaux représente l'équivalent voire trois à quatre fois le PIB de certains États exportateurs. Le chiffre d'affaires d'Exxon, premier producteur mondial s'élevait en 1998 à 115,6 milliards de dollars, le PIB du Nigeria à 108 milliards de dollars, celui du Cameroun à 26,4 milliards de dollars, celui de l'Angola à 16,7 milliards de dollars, celui du Gabon à 8,7 milliards de dollars et celui du Tchad à 6,9 milliards de dollars. Quoi que fassent les compagnies pétrolières, leur implantation dans un pays a forcément un impact considérable.

Les chocs et contrechocs pétroliers ont accentué la mondialisation du marché du pétrole. Quand en novembre 1998 la mission a tenu ses premières réunions, les cours du pétrole étaient en chute libre pour tomber à un niveau inférieur à celui du premier choc pétrolier de 1973: 10 dollars le baril. Depuis, les cours ont remonté à 20 dollars le baril, déjouant les prévisons pessimistes que la mission a entendues.

Les processus de fusion ont transformé les grands groupes pétroliers, accentuant leurs caractères multinationaux. A la fusion d'Exxon et de Mobil ont répondu celles de BP-Amoco avec Arco, de Total avec Fina et plus récemment le projet de fusion TotalFina Elf-Aquitaine. Ce projet aura un impact certain en France. (...)

Au XXème siècle, aucune autre matière première, fût-elle très précieuse, n'a suscité autant de tensions, voire de guerres (la Guerre du Golfe en est la parfaite illustration), d'interventions secrètes, de flux financiers occultes, de vraies fausses sociétés... Une certaine opacité caractérise dans certains pays l'utilisation de la rente pétrolière. Malgré les redevances versées, les populations ne bénéficient d'aucune retombée en terme de développement, bien au contraire.»

Source: Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, Rapport d'information sur le rôle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et son impact social et environnemental (no 1859, 13 octobre 1999): tome 1 (rapport). Rapporteurs: Marie-Hélène Aubert, Pierre Brana et Roland Blum

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