Parti politique

Dans une démocratie représentative, institution rassemblant, autour d'un chef qu'ils élisent, des citoyens ayant en commun certaines idées et certains intérêts. Dans l'Assemblée nationale créée par la Révolution en France, les conservateurs (monarchistes qui désiraient une monarchie constitutionnelle) étaient assis à droite dans l'hémicycle de l'Assemblée, les réformateurs (les révolutionnaires les plus radicaux qui voulaient une république) étaient assis à gauche. D'où le fait que les mots gauche et droite désignent les grandes orientations des partis politiques.

Enjeux

«Toute démocratie indirecte sécrète une logique d'organisation de la médiation populaire, fondée sur une professionnalisation, un esprit de parti et surtout sur une ascendance autocratique de chefs (les leaders, au sens américain), qui aboutissent à substituer à la démocratie une véritable oligarchie (au sens grec de l'exercice d'une domination par un groupe restreint). Quels que soient, en effet, la probité et le dévouement sincère d'un politicien, qui accepte, dans une démocratie représentative, de prendre en charge les affaires publiques au nom de la volonté populaire qui lui en a donné mandat, il se trouve infailliblement aspiré dans la spirale d'un système, qui le condamne à substituer de plus en plus à la volonté de ses mandataires la volonté de conservation et d'accroissement du pouvoir de l'organisation à laquelle il appartient. Autrement dit, la souveraineté démocratique devient un alibi pour la survie du parti, dont le pouvoir propre se renforce au nom des prétendus intérêts du peuple, auquel le parti impose en retour ses propres choix. Sous la pression de la complexification croissante des affaires publiques dans les États modernes, le parti a tendance à se bureaucratiser, chaque représentant se spécialise dans des domaines techniques, ce qui confère, en retour, à la direction du parti un poids hégémonique, puisque seuls les dirigeants seront à même de prendre les décisions générales d'importance politique (programmes, stratégies, etc.). Les plus ambitieux ou chanceux des membres du parti se consacreront rapidement à une lutte permanente pour la direction, les autres, devenus entre temps d'authentiques professionnels, préférant, même en cas de désaccord avec le parti, continuer à y faire carrière, de peur de ne plus trouver de responsabilité à leur mesure dans la société civile. Quant aux chefs eux-mêmes, ils se livrent à de cyniques manipulations d'appareil pour neutraliser leurs concurrents et pour tirer profit des jeux de coalition et de factions afin de devenir leaders charismatiques incontestés auprès des masses, avec souvent d'ailleurs le concours de la presse.

La complicité du peuple
Ces moeurs sont enfin d'autant plus redoutables que le peuple, loin généralement de s'en offusquer, en devient complice. Dans ce contexte, le citoyen est, en effet, condamné à l'alternative suivante: soit, s'il est désireux de contribuer activement à la vie de la cité, il s'engagera aussi dans un parti, mais pour devenir rapidement à son tour un rouage, qui se soumettra aux intérêts de l'organisation partisane, soit il se déchargera passivement sur les propositions et les décisions du ou des partis, d'autant plus aisément qu'il pourra être séduit par les vrais intérêts du peuple. Ainsi la démocratie se voit-elle progressivement stérilisée, quand elle ne se mue pas subtilement en sa figure opposée, où le peuple, devenu indifférent aux choses publiques, se laisse conduire aveuglément par une minorité de politiciens professionnels qui gouvernent en son nom. L'État, au lieu d'être un instrument de réalisation de la volonté générale devient ainsi une instance parasite qui ne cherche plus qu'à satisfaire ses propres besoins et intérêts, voire à assurer sa propre reproduction sans jamais susciter de véritable résistance ou contre-pouvoir, puisque, par principe, en démocratie, l'État et le peuple sont censés se confondre.»

JEAN-JACQUES WUNENBURGER, «Le désenchantement démocratique», L'Agora, vol. 1, no 2, octobre 1993

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