Logique

Essentiel

L'esprit grec et la logique formelle
«L'esprit hellénique, en la personne d'Aristote, a été le créateur de la logique formelle, c'est-à-dire d'une science qui est pour la règle du commun discours, pour l'énoncé et la conduite du jugement et du raisonnement, en matière de pensée commune, le pendant très exact de l'algèbre comme système d'expression et d'enchaînement des rapports concernant la quantité et le nombre. L'algèbre est une sorte de logique spéciale des relations quantitatives, et une application de la logique générale à cet ordre d'idées susceptibles de définitions sui generis. Or, en logique générale ou formelle, il n'y a point de scrupule analogue à celui qui a retenu les géomètres grecs et les a frustrés de la réelle découverte de l'algèbre. Rien ne s'oppose à la désignation du genre et de l'espèce par des signes généraux, des lettres, et à l'emploi de termes toujours les mêmes pour exprimer tous les cas, toutes les combinaisons possibles de deux jugements d'une certaine forme, donnant lieu parleur rapprochement à un troisième jugement nécessaire. Aristote a fait cette analyse avec une généralité parfaitement scientifique, en employant des lettres pour représenter les termes du jugement, tout en s'étayant d'exemples, et sa théorie du raisonnement défie la critique en ses points fondamentaux, quelque amélioration qu'on puisse apporter à sa terminologie.

On a grand tort de vouloir discréditer, comme on le fait quelquefois, l'analyse syllogistique et de la traiter d'inutile ou même de vicieuse. La logique formelle est une de ces créations de l'esprit qui lui sont intimes, qui le caractérisent, et qui ne pourraient être retranchées de son oeuvre accomplie sur lui-même sans qu'il en éprouvât un déchet. Cette analyse est l'une des principales explorations qu'il ait pu réussir et mener à fin sur ses procédés spontanés. Ce n'est ni sans une raison profonde ni sans une immense utilité que la gloire d'Aristote comme inventeur de la méthode rationnelle a été croissant à mesure que la culture rationnelle elle-même s'affaiblissait, tendait à s'annuler; qu'elle a traversé tout le moyen âge, et que l'étude et les commentaires de l'Organum ont régné au coeur de la barbarie. Le grand instrument de la déduction se conservait ainsi, et avec lui l'usage conscient et réfléchi du raisonnement, contre lequel il n'y avait pas de principe d'autorité qui pu prévaloir et s'imposer ouvertement, à moins de supprimer tout à fait l'exercice de l'entendement. La conservation de la langue latine par l'Église et celle de la logique d'Aristote par tout ce qu'il y avait d'hommes gardant des goûts intellectuels ont formé l'essentiel lien de la civilisation moderne avec la civilisation antique, dont elle a été une dépendance.»

CHARLES RENOUVIER, "L’algèbre et la logique formelle", in Philosophie analytique de l'histoire: les idées, les religions, les systèmes, t. I, Paris, éd. Leroux, 1896-1897, p. 419et suiv.



*******


Un assistant dit à Epictète : «Convaincs-moi de l'utilité de la logique.
— Tu veux, dit-il, que je te la démontre ?
— Oui.
— Alors il me faut raisonner démonstrativement ?
— D'accord.
— Mais comment sauras-tu si je ne commets pas un sophisme à ton égard ?"
L'homme garda le silence.
"Tu vois bien, dit-il, que tu reconnais toi-même qu'elle est nécessaire, puisque, sans elle, tu ne peux même pas te rendre compte si elle est nécessaire ou non."»

Essentiel

L'esprit grec et la logique formelle
«L'esprit hellénique, en la personne d'Aristote, a été le créateur de la logique formelle, c'est-à-dire d'une science qui est pour la règle du commun discours, pour l'énoncé et la conduite du jugement et du raisonnement, en matière de pensée commune, le pendant très exact de l'algèbre comme système d'expression et d'enchaînement des rapports concernant la quantité et le nombre. L'algèbre est une sorte de logique spéciale des relations quantitatives, et une application de la logique générale à cet ordre d'idées susceptibles de définitions sui generis. Or, en logique générale ou formelle, il n'y a point de scrupule analogue à celui qui a retenu les géomètres grecs et les a frustrés de la réelle découverte de l'algèbre. Rien ne s'oppose à la désignation du genre et de l'espèce par des signes généraux, des lettres, et à l'emploi de termes toujours les mêmes pour exprimer tous les cas, toutes les combinaisons possibles de deux jugements d'une certaine forme, donnant lieu parleur rapprochement à un troisième jugement nécessaire. Aristote a fait cette analyse avec une généralité parfaitement scientifique, en employant des lettres pour représenter les termes du jugement, tout en s'étayant d'exemples, et sa théorie du raisonnement défie la critique en ses points fondamentaux, quelque amélioration qu'on puisse apporter à sa terminologie.

On a grand tort de vouloir discréditer, comme on le fait quelquefois, l'analyse syllogistique et de la traiter d'inutile ou même de vicieuse. La logique formelle est une de ces créations de l'esprit qui lui sont intimes, qui le caractérisent, et qui ne pourraient être retranchées de son oeuvre accomplie sur lui-même sans qu'il en éprouvât un déchet. Cette analyse est l'une des principales explorations qu'il ait pu réussir et mener à fin sur ses procédés spontanés. Ce n'est ni sans une raison profonde ni sans une immense utilité que la gloire d'Aristote comme inventeur de la méthode rationnelle a été croissant à mesure que la culture rationnelle elle-même s'affaiblissait, tendait à s'annuler; qu'elle a traversé tout le moyen âge, et que l'étude et les commentaires de l'Organum ont régné au coeur de la barbarie. Le grand instrument de la déduction se conservait ainsi, et avec lui l'usage conscient et réfléchi du raisonnement, contre lequel il n'y avait pas de principe d'autorité qui pu prévaloir et s'imposer ouvertement, à moins de supprimer tout à fait l'exercice de l'entendement. La conservation de la langue latine par l'Église et celle de la logique d'Aristote par tout ce qu'il y avait d'hommes gardant des goûts intellectuels ont formé l'essentiel lien de la civilisation moderne avec la civilisation antique, dont elle a été une dépendance.»

CHARLES RENOUVIER, "L’algèbre et la logique formelle", in Philosophie analytique de l'histoire: les idées, les religions, les systèmes, t. I, Paris, éd. Leroux, 1896-1897, p. 419et suiv.



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Un assistant dit à Epictète : «Convaincs-moi de l'utilité de la logique.
— Tu veux, dit-il, que je te la démontre ?
— Oui.
— Alors il me faut raisonner démonstrativement ?
— D'accord.
— Mais comment sauras-tu si je ne commets pas un sophisme à ton égard ?"
L'homme garda le silence.
"Tu vois bien, dit-il, que tu reconnais toi-même qu'elle est nécessaire, puisque, sans elle, tu ne peux même pas te rendre compte si elle est nécessaire ou non."»

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