Banting Frederick Grant

1891-1941
La découverte de l'insuline: un compte rendu d'époque

«On sait depuis longtemps que la destruction du pancréas chez le chien produit un état analogue au diabète et rapidement mortel. La réserve du foie en glycogène disparaît, les protéines se dégradent avec formation de sucre et usure prononcée des tissus, enfin le sang se surcharge de sucre que les tissus sont devenus incapables d’utiliser. On en a déduit que le pancréas doit produire une substance qui permet à l’organisme d’utiliser le sucre, et qui contrôle tout au moins certaines formes de diabète.

Toutefois, l’injection d’extraits de pancréas total n’exerce que peu ou pas d’influence sur le diabète du chien dépancréatisé. Mais on sait que le pancréas est formé de deux structures intimement mélangées : l’une est constituée par des cellules glandulaires sécrétant le suc pancréatique dans des canaux arrondis, l’autre par de minces îlots de substance en apparence sans rapports avec les canaux, mais en étroite relation avec les vaisseaux sanguins (îlots de Langerhans). Et l’on a attribué le défaut d’action des extraits pancréatiques sur le diabète à la destruction de la substance anti-diabétique sécrétée par les îlots par la trypsine à pouvoir digestif intense secrétée par les cellules glandulaires.

Ces considérations ont amené un savant canadien, le Dr F. G. Banting, à tenter de préparer des extraits pancréatiques après avoir provoqué par ligature des canaux glandulaires l’atrophie des cellules sécrétant la trypsine. Avec la collaboration de M. Best, et après avoir surmonté de graves difficultés de technique, il est parvenu à obtenir la substance désirée, et celle-ci, administrée à des chiens dépancréatisés et diabétiques, a produit les effets attendus : la teneur en sucre a aussitôt baissé, à la fois dans le sang et dans l’urine, et les chiens traités, au lieu de mourir en 3 semaines, ont survécu en excellente condition pendant toute la durée du traitement. La substance ainsi isolée du pancréas a reçu le nom d’insuline.

Avec le concours du professeur Macleod, directeur du Laboratoire de physiologie de l’Université de Toronto, et de plusieurs de ses collaborateurs, MM. Collip, Hepburn, Latchford, Noble, la préparation de l’insuline a pu être entreprise sur une échelle assez étendue, et par un autre procédé, qui part du pancréas total, sans destruction de la glande externe, et de nombreuses expériences ont été faites avec cette substance.

L’insuline injectée dans l’organisme a la propriété d’augmenter la consommation du sucre par les tissus, et indirectement celle de la graisse, qui est incomplètement brûlée quand le sucre n’est pas utilisé. Elle réduit donc la concentration du sucre dans le sang, tant des animaux normaux que des animaux diabétiques. La détermination du rapport entre CO2 expiré et O absorbé, ainsi que des expériences directes sur le cœur isolé, montrent que le sucre ainsi disparu a bien été brûlé. En même temps, les effets toxiques des produits de l’oxydation incomplète de la graisse, tels que l’acétone, disparaissent, et le glycogène se reforme dans le foie.

Par l’administration de l’insuline, la proportion du sucre du sang chez les animaux normaux peut tomber à un niveau si bas que des symptômes anormaux, nerveux en particuliers, apparaissent, jusqu’à la mort. L’administration de glucose fait aussitôt cesser tous ces symptômes.

Il était naturel d’essayer l’emploi de l’insuline au traitement du diabète chez l’homme. Des résultats très encourageants ont été obtenus, particulièrement dans les formes graves du diabète, où le traitement symptomatique est le plus souvent inefficace. Des injections répétées sont nécessaires, car l’effet d’une seule dose ne dure que 10 à 12 heures, et il faut éviter d’employer des doses trop fortes pour ne pas trop réduire la quantité de sucre du sang et provoquer les accidents signalés plus haut.

Il n’est pas sans intérêt de rappeler qu’un physiologiste français, M. Ed. Gley, avait dès 1891 indiqué la voie où devaient s’engager plus tard avec succès ses confrères canadiens, et avait préparé le premier des extraits de pancréas dont la glande externe avait subi un processus de sclérose. Seules des difficultés matérielles (insuffisance d’installations et de personnel) l’obligèrent à abandonner ces recherches, que des successeurs mieux partagés ont eu l’honneur de mener à terme.»

«L’insuline et le métabolisme des hydrates de carbone», Revue générale des sciences pures et appliquées, tome 34, année 1923, p. 101.

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