Communauté

Quelle définition abstraite de la communauté rendrait mieux compte de cette réalité que la description qu'en donne Majid Rahnema dans Quand la misère chasse la pauvreté1. La communauté en cause se trouve dans la région andine du Pérou.

«Dans le contexte andin, nous ne pouvons pas parler de l'inanimé par opposition à l'animé, de l'essentiel par rapport au contingent. Toute pacha2 est une communauté d'êtres vivants liés entre eux, dans laquelle les humains et l'eau sont aussi importants et vivants que les huacas et le vent, en termes de régénération de la vie.3
Notre communauté n'est pas quelque chose en soi ; elle n'est pas une institution, elle n'est pas quelque chose de donné ou d'établi. Elle est notre manière collective de nous accommoder entre nous, selon ce qu'il est bon de faire dans la conversation continue que nous maintenons avec les circonstances de la vie afin de continuer à vivre et de nous régénérer. C'est cela notre forme de vie. Notre communauté n'est pas simplement un environnement humain. Elle est plutôt nous tous qui vivons ensemble dans une localité : humains, plantes, animaux, rivières, montagnes, étoiles, lune, soleil. Pareillement, notre ayllu, notre famille, ne se compose pas seulement des gens de notre lignée de sang ; c'est plutôt l'ensemble de la communauté humaine (runas4) de notre localité, de notre communauté naturelle (sallgas) et de la communauté de ceux qui nous soutiennent la vie (huacas), les mêmes avec qui nous partageons la vie dans notre localité (pacha) tout au long du rythme tellurique-sidéral de l'année (wata). C'est en contribuant à prendre soin de notre ayllu et en laissant notre ayllu prendre soin de nous que nous, les Andins, nous atteignons le plein épanouissement de nos vies. [...] Notre sentiment communautaire est enraciné dans la conviction que c'est seulement en appartenant à la communauté que nous pouvons être ce que nous sommes, sentir ce que nous sentons, jouir de ce dont nous jouissons. La solitude n'existe pas dans un tel monde. Ici nous nous connaissons tous, nous nous accompagnons les uns les autres, nous nous voyons toujours. Ici la vie est dans la symbiose de la communauté. De là surgit le sentiment que nous sommes tous incomplets, car nous savons bien que notre vie est possible seulement à l'intérieur de ce flux énergétique de la vie qu'est le monde communautaire andin.»

Notes
1. Fayard
2. Sol hébergeant les membres d'une communauté. Ibid., p. 110.
3. Ibid., p. 97.
4. Dans le contexte andin, runa («homme») ne réduit pas, comme en Occident, l'être humain à un «animal rationnel», il réunit les notions de nature (sallga) et de déités (huacas). Ibid., p. 90.

Essentiel

L'émerveillement, cet intérêt enchanté pour autrui, est la condition de la philia comme de l'amitié entre deux êtres. Il est le point de départ d'un mouvement vers l'humanité au terme duquel nous avons la certitude que la présence d'un être humain, la simple, la seule présence, est le plus grand bien qui puisse nous être accordé. L'être humain est une fin, disent les philosophes, non un moyen. La philia, c'est l'incarnation de cette pensée dans la vie de tous les jours. Et le degré atteint dans cette incarnation est la mesure de la qualité d'une communauté. Si, pour fréquenter vos semblables, vous avez toujours besoin de faire des choses avec eux, si la fin que vous poursuivez est la chose à faire et non la joie d'être avec d'autres êtres humains pour la faire, c'est signe que le groupe que vous formez n'est plus une communauté, mais une simple association. Moins l'action est nécessaire, plus on a tendance à l'ériger en fin. Le courtier surmené sur le parquet de la bourse est loin de l'élémentaire nécessité de se nourrir et de se vêtir. La tentation de réduire l'être humain à un moyen est d'autant plus forte chez lui. Cette tentation est au contraire très faible chez la boulangère qui cuit et offre son pain jour après jour. Le mal qu'elle se donne, l'absence d'illusions quant à la fortune qu'elle peut ainsi accumuler l'aide à détourner son regard de l'avenir et à le tourner vers le présent, où il rencontrera peut-être le regard d'un autre être. (J.D.)

Essentiel

L'émerveillement, cet intérêt enchanté pour autrui, est la condition de la philia comme de l'amitié entre deux êtres. Il est le point de départ d'un mouvement vers l'humanité au terme duquel nous avons la certitude que la présence d'un être humain, la simple, la seule présence, est le plus grand bien qui puisse nous être accordé. L'être humain est une fin, disent les philosophes, non un moyen. La philia, c'est l'incarnation de cette pensée dans la vie de tous les jours. Et le degré atteint dans cette incarnation est la mesure de la qualité d'une communauté. Si, pour fréquenter vos semblables, vous avez toujours besoin de faire des choses avec eux, si la fin que vous poursuivez est la chose à faire et non la joie d'être avec d'autres êtres humains pour la faire, c'est signe que le groupe que vous formez n'est plus une communauté, mais une simple association. Moins l'action est nécessaire, plus on a tendance à l'ériger en fin. Le courtier surmené sur le parquet de la bourse est loin de l'élémentaire nécessité de se nourrir et de se vêtir. La tentation de réduire l'être humain à un moyen est d'autant plus forte chez lui. Cette tentation est au contraire très faible chez la boulangère qui cuit et offre son pain jour après jour. Le mal qu'elle se donne, l'absence d'illusions quant à la fortune qu'elle peut ainsi accumuler l'aide à détourner son regard de l'avenir et à le tourner vers le présent, où il rencontrera peut-être le regard d'un autre être. (J.D.)

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