Clavecin

«Le clavecin de nos ancêtres, on ne le connaît ici que par les vieilles gravures ou images galantes du XVIIIe siècle, dont il est l'ornement nécessaire. On ne voit dans cet appareil sonore qu'un instrument de cour ou de salon, fait pour l'expression d'une musique grêle, pittoresque, aimable, libertine même et plaisante. On ne retient de ces siècles anciens que cette image de cour... réduisant ainsi à la partie congrue un siècle qui ne fut pourtant point que galanterie de salon... Cependant, il est certain que le clavecin n'a jamais été un grand instrument et que sa puissance était limitée. Les agréments, les broderies dont est chargée l'écriture du clavecin trahissent ses insuffisances. Cet instrument à cordes pincées ne peut pas soutenir le son, ce qui justifie les ornements de l’écriture, qui deviennent ainsi une nécessité. Il est vrai que les chefs-d’œuvre qu'il a inspirés, ou rendus possibles, sont avant tout des tableaux pittoresques, délicats, précieux, tendres, galants, chefs-d’œuvre d'humour et d'esprit. Mais prenons garde qu'on trouve là-dedans toutes les formes, presque toutes les idées qui ont alimenté le XVIIIe siècle et même le XIXe siècle. On y retourne encore, et avec profit.

Comme le piano, le clavecin dérive du cymbalum ou tympanon. Mais avec cette différence que c'est un instrument à cordes pincées. C'est un développement du psaltérion, qui était une sorte de harpe triangulaire, qu'on pinçait avec les doigts. La nouveauté du clavecin, c'est que les cordes, au lieu d'être pincées avec les doigts, le sont mécaniquement, par le moyen de plumes, becs ou sautereaux, actionnés par un clavier. C'est donc une sorte de harpe mécanisée... Le clavecin existait déjà au XVIe siècle. Muni de deux claviers et de forme couchée, comme nos grands pianos à queue, il fut reconnu au XVIIe siècle comme l'Instrument roi. II fut ensuite détrôné par le piano, mais remis en faveur au commencement du XXe siècle. De nouveau, on écrit pour le clavecin... Manuel de Falla, Poulenc, bien d'autres musiciens, ont produit des oeuvres magnifiques pour cet instrument d'autrefois... instrument rare, précieux, monotone et agaçant quelquefois, mais qui peut toujours nous charmer...»

Léo-Pol Morin, Musique, Montréal, Beauchemin, 1946

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