Baby-boomers

Essentiel

Un portrait des baby-boomers dans les Invasions barbares, le plus récent film de Denys Arcand
«Dix-sept ans après Le Déclin de l'empire américain, le cinéaste québécois Denys Arcand nous revient avec Les Invasions barbares.

Rémy, ancien professeur d'université et coureur de jupons invétéré, se retrouve à l'hôpital atteint d'un cancer. Se succèdent à son chevet ses nombreuses maîtresses, son ex-femme, quelques élèves, ses amis et surtout son fils Sébastien. Ce dernier, qui a résolument opté pour une carrière non intellectuelle d'opérateur financier, revient de l'étranger sur l'insistance de sa mère. Le conflit entre lui et son père est total, à l'image de la cassure entre la génération des baby boomers et la suivante.
[...]
Le constat de Denys Arcand est lucide. Une génération est en déclin, elle a tout eu, la sécurité d'emploi, la libération sexuelle, l'accès à la grande culture, l'affranchissement face au pouvoir de l'Église, l'argent, les soins de santé. Elle a changé de combats comme on change de chemise : tiers-mondiste, elle est devenue communiste, anti colonialiste, maoïste, féministe, indépendantiste, relativiste et, ajoute l'ami homosexuel revenu de sa planque à Rome, crétiniste. La génération de Sébastien n'a pas lu un livre, n'est pas social-démocrate, est rentrée dans le moule capitaliste et a jeté aux orties tous les idéaux des parents. Certains traînent leur mal d'être de drogue en drogue. Une génération vieillissante inconséquente et pontifiante dresse un bilan assez sombre face à une autre désabusée, blessée et qui semble ne rechercher que la stabilité financière, affective ou hallucinogène. Ajoutons qu'Arcand a pris soin de nuancer son propos et il montre bien que les baby boomers, même s'ils n'ont pas été à la hauteur de tout ce qu'ils ont reçu et claironné, et ont souvent manqué de caractère, ont tout de même vécu la complicité des combats communs.
[...]
Il manque au fond à ce film, comme à la génération qu'il dépeint, une dimension tragique et cathartique. C'est peut-être le reproche inexprimé de la nouvelle génération des golden boys et des héroïnomanes qui auraient souhaité que leurs parents eussent davantage de caractère et moins de légèreté pour leur transmettre un passé et une ossature, pour les prendre au sérieux. Les Invasions barbares est un bon film appelé à décrire un destin mais qui s'est contenté de raconter une histoire émouvante.»

JEAN-PHILIPPE TROTTIER, "Les invasions barbares", L'Agora, vol 10 no 1, printemps 2003

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