Amour divin

«Vous voulez apprendre, écrit Bernard à son destinataire Haimeric, comment Dieu doit être aimé ? Eh bien, je vous dirai que la raison d'aimer Dieu, c'est Dieu Lui-même, et que la mesure de cet amour, c'est d'aimer sans mesure». Il reprend ainsi la célèbre formule de Sévère de Milève, que saint Augustin avait popularisée, et il examine en quoi «il n'est rien de plus juste, ni de plus fructueux, que d'aimer Dieu»: «L’amour est un mouvement de l'âme, non un contrat, affectus est, non contractus. Il ne s'acquiert, ni n'acquiert rien par un pacte. Il nous affecte spontanément et nous rend nous-mêmes spontanés; le véritable amour se contente de lui-même, il a sa récompense s'il a ce qu'il aime». Tout nous venant de Dieu, notre amour de Dieu n'est que le paiement d'une dette, une dette que Dieu Lui-même nous permet de lui acquitter: «Par sa première opération Dieu me donne à moi-même; par sa seconde Il se donne, Lui, et là où Il se donne, je me rends à moi-même»... «Ce qui est admirable, c'est que nul ne peut Te chercher, qu'il ne T'aie déjà trouvé». Pascal avait un grand précurseur; il est vrai que Port-Royal est de fondation cistercienne...

Fidèle à sa méthode d'exposition, Bernard distingue quatre degrés de l'amour: au premier, l'homme s'aime lui-même; au second, il aime Dieu pour soi; au troisième, il aime Dieu pour Lui; au quatrième, il ne s'aime plus soi-même que pour Dieu: «Qui s'en remet à Dieu non seulement parce qu'il est bon pour lui, mais parce qu'il est bon, celui-là en vérité aime Dieu à cause de Dieu, et non à cause de soi-même». L’amour, cupiditas vel amor, commence par la chair. C'est notre condition humaine de ne pouvoir nous passer de la connaissance sensible, «sur cette terre d'exil où l'étranger a besoin du secours de l'indigène». Cet indigène est notre corps terrestre, «compagnon parfaitement bon et fidèle de l’âme disposée au bien». C'est ainsi qu'il faut aimer le corps et tout ce qui est corporel à cause de l'âme, comme il faut aimer l'âme à cause de Dieu, et enfin aimer Dieu, à cause de Lui-même.»

Philippe Barthelet, Les degrés de l'amour

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