Les difficultés du modèle social français

Guillaume Duval

(...) Je voudrais terminer par une réflexion plus générale sur les difficultés du modèle social français.

Deux types de modèle sociaux ont une certaine cohérence à l’échelle internationale et arrivent plus ou moins à s’en sortir dans ce contexte de mondialisation mal régulée :

D’une part le modèle anglo-saxon qui présente de fortes inégalités des revenus primaires (...) et où l’Etat, qui n’a pas pour fonction de corriger ces inégalités de revenus primaires, se contente d’établir un filet minimum : il est très actif sur le plan macroéconomique, quand l’activité baisse, pour éviter que le chômage monte. S’ils traversent actuellement une période difficile, les pays anglo-saxons, globalement, ne s’en sont pas trop mal sortis depuis trente ans. 

Le modèle inverse, c’est le modèle scandinave : les revenus primaires sont beaucoup plus proches que chez nous. Boire une bière à Stockholm ou à Copenhague est une expérience très traumatisante : non seulement parce que la TVA est à 25% mais aussi parce que le salaire du barman est proche de celui d’un enseignant ou d’un cadre. Sur ces inégalités très faibles des revenus primaires se branchent des mécanismes de mutualisation très puissants qui, précisément parce que les inégalités de revenus primaires sont relativement faibles, ont un niveau d’acceptabilité politique assez fort ; même quand la droite est au pouvoir, elle ne les remet pas radicalement en cause. 

Le problème spécifiquement français est que nous sommes assis entre ces deux chaises :

Nous sommes très inégalitaires au niveau des revenus primaires. La France est un des pays où l’écart de revenus entre les cadres supérieurs, les professions intellectuelles et les gens du bas de l’échelle est parmi les plus importants au niveau européen (avec les autres pays d’Europe du sud : Portugal, Grèce etc.). 

Sur ces inégalités, nous essayons de brancher des mécanismes de redistribution de taille scandinave .Ca ne marche pas ! Les riches considèrent ce système comme spoliateur et d’énormes pressions s’exercent pour le remettre en cause (on a vu l’exemple du bouclier fiscal). Les pauvres n’y trouvent pas non plus leur compte parce que les inégalités sont telles que les mécanismes de redistribution ne suffisent pas à les combattre efficacement. C’est particulièrement vrai dans l’éducation nationale où on constate que les bons lycées se situent dans les beaux quartiers, ce qui conduit à reproduire les inégalités dans le contexte de l’éducation nationale publique. (...)

Mondialisation libérale et inégalités. Intervention de Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, au colloque du 21 septembre 2009, "Mondialisation et inégalités en France", organisé par la Fondation Res Publica (http://www.fondation-res-publica.org). Publié sous la licence Creative Commons 2.0. Vous êtes libre de reproduire, distribuer et communiquer ce contenu.




Nos suggestions