Des bistouris et des hommes

Rollande Allard-Lacerte

Suite à la publication de notre article intitulé Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est un hôpital, notre amie et collaboratrice d’hier, Rollande Allard-Lacerte, nous a écrit pour nous rappeler qu’elle avait publié un article de même médecine dans Le Devoir du 19 décembre 1985, juste après des élections provinciales. «Le tour des médecins et gérontologues ne tardera guère. La clientèle des partis politiques sera, d'ici quelques années, majoritairement constituée de vieillards et de malades, il conviendra donc d'appeler des toubibs à mener les... opérations gouvernementales.» Vous aviez raison docteur (e)Lacerte.

Et voilà! Les nouveaux locataires du pouvoir ont pris possession de leur meublé, ont rapidement inspecté les lieux et se sont installés dans la précarité. A peine leurs valises et adversaires défaits, ils doivent songer au renouvellement hypothétique de leur bail: les prochaines élections.

 Après les avocats et autres législateurs, après les professeurs et les idéologues, voici venu le temps des économistes et des gestionnaires. L'État, c'est désormais une business qu'il importe d'administrer à la fois comme un dépanneur et une multinationale.

  Le tour des médecins et gérontologues ne tardera guère. La clientèle des partis politiques sera, d'ici quelques années, majoritairement constituée de vieillards et de malades, il conviendra donc d'appeler des toubibs à mener les... opérations gouvernementales. Et comme il y a déjà une majorité d'étudiantes dans les facultés de médecine de nos universités, pas besoin d'être sorcière pour prédire qu'au début de l’an 2000 c'est probablement une femme médecin qui, à titre de «chèfe» de gouvernement, veillera au mieux-être d'une armée d'éclopés, malades et handicapés de tout acabit. Avec une économie de moyens et de gestes, au chevet de la nation, il lui faudra voir à gérer l'inévitable décroissance.

 Lentement, insidieusement, le vocabulaire est en train de s'ajuster aux temps à venir. On multiplie les opérations de tout genre, on parle injection de capitaux, implantation d'usines, coupures, crise aiguë, panacée, purge, fièvre de la bourse et incubateurs d'entreprises.

 Signe des temps: cette année, l’électorat avait le choix entre deux... Cancer. Pourvu que l'on n'en vienne jamais à choisir entre la peste et le choléra,l e sida, l'herpès ou la gangrène.

  Plutôt que de promettre la prospérité et le travail pour tous, les politiciens promettront la santé, le repos, voire le rajeunissement. Alléchant, en vérité. On imagine les futurs candidats en campagne électorale annonçant l'implantation d'une usine de rechanges humaines à Bromure; celle de membres artificiels directement télécommandés de la capitale de son choix.

  A l'occasion de débats télévisés nous serons témoins d'échanges vifs: régime de coupures ou de cataplasmes? Faut-il favoriser l'euthanasie passive ou l'acharnement thérapeutique? Autrement des soins intensifs ou intempestifs? Les médecines douces ou les honoraires salés?

 Tel candidat promettra un remède contre le sida, l'autre contre la maladie d'Alzheimer. Si un toubib se hasarde à parler des eaux de la Baie James, ce sera pour annoncer qu'il saura les transformer en fontaines de Jouvence.

 Le Québec sera converti en une vaste salle d'attente et le Parlement en maison d'accueil. Les bénéficiaires ressasseront à n'en plus finir leurs histoires d'anciens combattants, leurs souvenirs des bonnes vieilles batailles: les drapeaux du référendum et ceux de la reddition. Dans les corridors, d'une civière à l'autre, on entendra des: «J'y étais. Je me souviens. I do remember. Non ho dimenticato.»

 Le médecin-chef du Parti québécois n'a pas, par hasard, sorti son sarrau des boules à mites. Quatre ans, c'est vite passé. Il est moins quart docteur Johnson...

 

 

 




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