Dans beauté il y a aube

Pauline Michel

Dans le mot Beauté, il y a AUBE pour la naissance du jour, de la lumière qui redonne aux choses leurs contours, leurs formes, leurs couleurs, leur existence visible pour nos yeux aveugles dans le noir. Du haut d’une montagne, seule, à un kilomètre du plus proche voisin, je cueillais les matins avec émerveillement.

Je respirais le souffle du jour. Je poussais avec les fleurs. Je dansais entre les ombres des feuilles, je dessinais des ballerines qui vivement m’emportaient dans une chorégraphie improvisée, inattendue. Je lançais ma voix parmi le chant des oiseaux, je sautais d’une saison à l’autre avec surprise, le temps m’ayant filé entre les doigts comme le sable d’un désert ou la neige floconneuse de l’hiver. Je marchais dans les traces des animaux rôdeurs.

Je guettais les renaissances quotidiennes dans l’Œuvre grandiose de la nature.

De même des milliers de vivants recréent le monde en écoutant son écho en eux et une pulsion démesurée les pousse à danser, à écrire, à sculpter, à chanter, à peindre, à crier la l’intensité des émotions qui les envahissent à l’approche des choses et des autres humains, aux mystères plus profonds que l’océan et le fond du ciel.

 Alors, un chant semblable à Amazing Grace résonne en eux, en nous. Un chant venu de loin, ayant traversé bien des âmes et des lèvres avant de nous parvenir, magnifié dans les voix noires du negro spiritual.

Alors, un savant délire de coups de pinceau nous entraine dans le tourbillon de Van Gogh, en le suivant sur la « Route avec un cyprès et une étoile », frôlant « Un paysage enneigé » ou des « Moissons en Provence » ou un « Verger en fleurs » selon l’objet ou l’endroit qui accroche son regard fiévreux.

 Alors, Clara Schumann nous emporte dans un romantisme touchant, ainsi que tous les autres artistes qui nous atteignent et nous traversent, parce qu’il n’y a qu’une mince pellicule entre leur âme et la nôtre. Un son, une couleur, un geste, un mot, la déchirent et nous mettent en contact immédiat, intime et troublant avec eux.

 Une parenté indéfinissable d’émotions, de perceptions. L’œuvre qui nous touche nous engendre ou nous fait renaître de nos morts personnelles.

 Une vibration perceptible dans une même intuition de l’invisible, de l’indéfinissable.

 Une extase, un ravissement, des milliers d’éblouissements avant de sortir du cycle perpétuel de la lumière et de la noirceur, des matins et des nuits, pour rester, en apparence immobiles, les yeux fermés, avant de s’ouvrir à nouveau dans un espace infini, peut-être.

 Dans le mot Beauté, Il y a des lettres qui forment « EAU » pour la fluidité du réel qui s’écoule vers une autre dimension plus lumineuse, peut-être, si c’est possible.

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