Le virus du Nil

Jacques Dufresne
Aux nouvelles de la télévision de la Société Radio-Canada, le 16 août, on a consacré de longues minutes à une éventuelle épidémie de la maladie causée par les moustiques infectés par le virus du Nil. Le pourcentage des insectes infectés est infinitésimal et seulement une personne sur cent, parmi celles qui auraient reçu l’inamicale piqure risqueraient d’être victimes de la maladie.
Les représentants de la santé publique se sont d’ailleurs empressés de rassurer les gens. Mais le mal était fait. Les téléspectateurs avaient une raison de plus de vouloir se débarrasser des moustiques par des procédés probablement beaucoup plus dangereux pour la santé humaine que ne l’est l’ennemi désigné. À la fin du reportage, on voyait un enfant déambulant dans la rue avec une bombe de pesticide à la main et un nuage mortifère dans son sillage. Évidemment personne ne nous a dit dans l’émission que les larves de moustiques peuvent filtrer jusqu’à 15 litres d’eau par jour. Au Canada, cinq corbeaux seraient morts de la maladie causée par le virus du Nil. Aucune perte vie humaine n’est encore à déplorer. Combien de corbeaux et d’êtres humains sont morts durant la même période d’empoisonnement par les pesticides ou par une eau non filtrée. Toujours le même scénario de la terreur : on fait de la vie humaine un absolu, par rapport à toutes les autres formes de vie, qui deviennent négligeables, on crée une panique artificielle, et finalement on provoque des réactions en chaîne dont les effets sur la vie humaine sont pires que ceux du premier mal diagnostiqué.


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