À quoi tient la Beauté?

Maurice Zundel
Ce sont les beautés de Rome qui ont inspiré ces réflexions à Maurice Zundel au temps de ses études de philosophie dans cette ville.
À quoi tient la Beauté? Où réside le mystère de l'oeuvre belle et quel est le nombre d'or où l'art a son secret?
Nous ne le saurons jamais ici-bas. Et pourtant sans la connaître nous ne laissons pas de la reconnaître toutes les fois que nous la rencontrons... dans une sorte de ravissement qui nous purifie de nous-mêmes et nous recueille en elle. Saisis de respect et d'amour, nous nou sentons transformés en Lumière mystérieuse dont le foyer nous demeure inaccessible encore que nous soyons devenus intérieurs à lui et à nous : le chef d'oeuvre a suscité cette rencontre dont il procède, cette communion dont il garde le recueillement.
Toute la vérité de l'art est dans ce regard intérieur intégré à son mouvement. Peu importe que ses figures trahissent une gaucherie ingénue ou une technique raffinée, l'essentiel est qu'elle porte cette inflexion virginale qui ouvre la matière au secret de l'Esprit.
Là, nulle imitation n'est possible, nulle contrefaçon ne tient, l'oeuvre ne peut nous émouvoir si l'artiste ne s'est abandonné à l'étreinte de la Beauté, si la vibration de ce contact n'est toute vivante encore dans le modelé de son dessin, aucune formule, aucun canon ne peuvent lui être à ce point d'aucun secrours et nous dispenser nous-même du don que nous avons à faire avec lui: une présence émane ici, qui exige, pour être perçue, une communion personnelle. C'est cette PRÉSENCE qui est la Beauté. Toute oeuvre d'art en porte le reflet, chacune à sa manière la communique, aucune ne l'enclôt, elle est infinie, elle est esprit, elle est Quelqu'un mais son nom est ineffable.
En assouplissant la matière à l'inspiration qui l'emporte, l'artiste cherche à faire vibrer, toujours plus riches et plus purs les harmoniques d'un ton fondamental dont aucune oreille ne peut ici-bas percevoir l'inexprimable splendeur, et l'artiste est d'autant plus grand qu'il nous jette plus immédiatement au coeur du silence où l'esprit recueille l'écho de l'unique Parole dont le coeur obscurément touche les abîmes.

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