Petite chronique d'un 5e mois révolu au Maroc

Linda Hanna
L'auteure nous présente un Maroc hésitant entre ses traditions et une modernité boîteuse.
Un Maroc indécis certes de son Gouvernement d'alternances sans alternatives; un Maroc qui a privilégié ses apparences monarchiques et ses maquettes de stades de foot; un Maroc qui a renié sa plus grande majorité, son peuple rural, son Amazighité*, sa langue maternelle, ses diplômés-chômeurs; un Maroc qui aime ses titres et ses Conseils: ne vous étonnez pas quand l'après-midi, au bulletin de nouvelles bidon, on annonce la formation d'un nouveau machin du genre: «Le Haut Conseil Consultatif de la Tomate Hachée». Pays aux sublimes contradictions comme celles des noms des boucheries de quartier: «La boucherie de l'espoir» et de sa concurente, la «Boucherie de la paix»... Des noms ça?

Le Maroc a une de ces manières de remédier à ses problèmes! Par exemple, pour remédier au problème des vaches qui ne voulaient plus manger les herbes jaunies, brûlées par le soleil, et qui meurent de faim, qu'est-ce que le Ministère de l'agriculture a décidé de faire? Pour aider les éleveurs qui perdaient leur bétail, il a distribué des milliers de lunettes fumées (teintées) vertes pour les vaches (hum!).

Cet été, les parcs sont les musées du chômage. Les mouches chôment aussi, je vous assure, plus d'une fois, il m'a été possible de flater les ailes d'une de ces bestioles volatiles. Depuis quelques jours, pour tromper un certain ennui d'un patelin rural qui surchauffe, j'assiste une sage femme dans la province de Khénifra. Des femmes rurales viennent accoucher dans la maison d'accouchement de Malika. Nombreuses d'entre elles n'ont pas les moyens d'accoucher dans les hôpitaux, craignant aussi d'être méprisées par le personnel d'État soignant. Hier, 03h00 AM, une femme n'avait que deux bouts de torchon à me passer dans les mains pour envelopper son petit nouveau-né. Le matin au petit déjeuner, Malika (la sage femme) en regardant le café, me demande «tu veux un doigt?» (au lieu d'un sucre). On s'est regardé et on a éclaté de rire. Car on a l'habitude de se dire «l'ouverture du col est rendue à 2,3,7... doigts».

Mais, l'hôpital au Maroc, n'est pas ce qu'il semble être. Du moment qu'on pénètre dans une chambre, on y retrouve l'ambiance des salons, un peu de chez soi. J'y ai vu un tagine en train de cuire sous le lit du papa de Fatima, qui avait une diarrhée terrible depuis 10 jours. Et il s'en sortit, Dieu bénisse le tagine de la maman de Fatima.

Je vais bouger bientôt, je ne sais où.
On se reverra Incha Allah à Montréal.

*Amazighité: se rapporte aux Amazights; il s agit de l'un des trois peuples berbères, qui étaient sur le territoire marocain bien avant les arabes. Ils parlent le Tamazight.

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