La main

Claude Chappuys
Reproduit d'après: Poètes du XVIe siècle. Présentation de Marc Alyn. Paris, Éditions J'ai Lu, «L'essentiel», 1962, p. 163-164
Ô douce Main, Main belle, Main polie,
Main qui les coeurs fait lier et délie,
Main qui le mien a pris sans y toucher,
Main qui embrasse et semond d'approcher,
Main qui à moi doit ouvrir, ô Main forte,
Qui fors à moi, à tous ferme la porte.
Main qui souvent en étreignant le doigt
Sans dire mot m'a dit je sais bien quoi.
Main qui la trousse et fleische sans douter,
À Cupidon seule pourrait ôter:
Dis-je la main que Cupidon ferait
Mouvoir d'amour quand il la toucherait.
Main qui peut seule et le soir et matin
Laisser la mienne approcher du tétin.
Main qui permet s'il est besoin qu'on puisse
En se jouant savoir quelle est la cuisse:
Main qui permet parfois outre passer,
Mais ce serait assez pour trépasser.
Main qui peut bien faire encore autre chose,
Qui plaît autant, mais que dire je n'ose.
Main à qui seule appartient qu'elle sache
Ce qu'on ne voit, ce qu'on cherche et qu'on cache.
Main qui peut mieux par écrit assurer
Que l'oeil par voir, et bouche pour jurer.
Ô digne Main qui jusqu'au ciel approche,
Main qui fait honte à la neige et reproche,
Main qui étreint le noeud de fermeté,
Main qui chatouille en toute honnêteté,
Main que Vénus veut pour sienne avouer.
Main qui du Luth doucement sais jouer.
Main quand Orphée même l'écouterait
Comme vaincu la harpe laisserait,
Main que Pallas choisirait pour écrire,
Main qui autant que la bouche peut dire,
Main qui trop plus d'heur envoie en absence
Que l'oeil n'en peut octroyer en présence.
Main frétillante, ôtez vos gants, ôtez.
Et vos plaisirs par vos doigts me comptez:
J'entends ceux-là dont faut que sois témoin,
Et quand de toi, hélas! je serai loin:
Main je te prie: fais réponse à la mienne,
Main récris-moi que soudain je revienne.

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