Sur Fontenelle

IX. Sur Fontenelle

M. de Fontenelle mérite d’être regardé par la postérité comme un des plus grands philosophes de la terre. Son Histoire des oracles, son petit traité De l’Origine des fables, une grande partie de ses Dialogues, sa Pluralité des mondes, sont des ouvrages qui ne devraient jamais périr, quoique le style en soit froid, et peu naturel en beaucoup d’endroits. On ne peut refuser à l’auteur de ces ouvrages d’avoir donné de nouvelles lumières au genre humain; personne n’a mieux fait sentir que lui cet amour immense que les hommes ont pour le merveilleux, cette pente extrême qu’ils ont à respecter les vieilles traditions et l’autorité des anciens. C’est à lui, en grande partie, qu’on doit cet esprit philosophique qui fait mépriser les déclamations et les autorités, pour discuter le vrai avec exactitude. Le désir qu’il a eu dans tous ses écrits de rabaisser les anciens, l’a conduit à découvrir tous leurs faux raisonnements, tout le fabuleux, les déguisements de leurs histoires et la vanité de leur philosophie. Ainsi la querelle des anciens et des modernes, qui n’était pas fort importante en elle-même, a produit des dissertations sur les traditions et sur les fables de l’antiquité, qui ont découvert le caractère de l’esprit des hommes, détruit les superstitions, et agrandi les vues de la morale. M. de Fontenelle a excellé encore à plaindre la faiblesse et la vanité de l’esprit humain; c’est dans cette partie, et dans les vues qu’il a eues sur l’histoire ancienne et sur la superstition, qu’il me paraît véritablement original. Son esprit fin et profond ne l’a trompé que dans les choses de sentiment; partout ailleurs, il est admirable.

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