Guérisseurs cris et chercheurs s'unissent contre le diabète

Mathieu-Robert Sauvé
Aînés et guérisseurs indigènes donnent depuis longtemps des plantes aux malades. Seraient-ils les gardiens de secrets que la médecine moderne n'a pas encore percés? Cette question passionne Pierre Haddad, professeur au Département de pharmacologie de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, qui dirigera une équipe chargée d'évaluer l'intérêt thérapeutique dans le traitement du diabète, de certaines plantes utilisées par les guérisseurs indigènes. Article paru sur le site de Forum Express, Université de Montréal, en février 2004.
Au sein des communautés autochtones, le recours aux propriétés thérapeutiques des éléments de la nature n'a rien de nouveau. Aînés et guérisseurs indigènes donnent depuis longtemps des plantes aux malades. Seraient-ils les gardiens de secrets que la médecine moderne n'a pas encore percés? Cette question intéresse Pierre Haddad, professeur au Département de pharmacologie de la Faculté de médecine. Depuis près de cinq ans, ce spécialiste du diabète court les congrès où l'on discute d'ethnopharmacologie, soit l'utilisation de remèdes traditionnels par les populations autochtones. En 1998, il a entrepris une collaboration avec des herboristes du Maroc pour mieux connaître les plantes maghrébines utilisées dans le traitement du diabète. Grâce à ce projet, il compte éclaircir les mystères de la nigelle (aussi appelée cumin noir), une plante employée depuis des milliers d'années à des fins médicinales.

La collaboration avec le Maroc ne fait que commencer, mais déjà le professeur Haddad étend ses antennes. Au mois d'octobre 2003, le chercheur a obtenu 900 000$ de l'Institut de la santé des Autochtones des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) pour étudier les pratiques médicinales des guérisseurs et tenter d'améliorer la santé des Cris du nord du Québec, particulièrement en ce qui a trait au diabète. La somme sera répartie sur trois ans.

«Je rêvais de travailler avec les populations indigènes du Québec, déclare M. Haddad. Ces communautés sont aux prises avec de sérieux problèmes de diabète. Dans la population crie, la prévalence de la maladie est passée de 4,1 à 12,5 % entre 1989 et 2002. Les approches de la médecine moderne, qui préconise une meilleure alimentation et la pratique d'activités physiques, ne sont pas très populaires au sein de ces communautés. Les Cris ont plutôt recours à des plantes qu'ils trouvent dans la forêt boréale. Je veux savoir à quel point ces remèdes sont efficaces et sécuritaires, et s'il est possible de bonifier les façons de faire traditionnelles avec celles de la médecine moderne.»

L'équipe dirigée par le professeur Haddad comprend cinq spécialistes: Alain Cuerrier, un botaniste responsable du Jardin des Premières Nations au Jardin botanique de Montréal; Tim Johns, un nutritionniste et ethnobotaniste de l'Université McGill; John Arnason, un phytochimiste de l'Université d'Ottawa; le Dr Marc Prentki, expert en diabète au CHUM; et Manon Dugas, coordonnatrice au Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James. En plus de recevoir l'appui des IRSC, le projet sera subventionné par la Direction des produits de santé naturels, une nouvelle agence relevant de Santé Canada.

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