Web spiritus

Simone Charbonneau

COMPTE RENDU DE LECTURE:  WEB SPIRITUS, EDITIONS CONFLUENCE 2014, par Jean-Christophe Issartier


La lecture de ce roman écrit par un bordelais est assez passionnante surtout dans la mesure où elle reflète les désarrois et les confusions de l’esprit du temps, à savoir celui de la perte de foi dans ce qui a été jadis considéré comme le progrès d’une part et, d’autre part, le sentiment profond d’impuissance et d’angoisse face à la grande mue de l’humanité actuellement porteuse de catastrophes. Le thème de ce roman est fondé sur la mise en relation de nos temps actuels submergés par un déferlement technoscientifique sans précédents et la période de l’empire romain décadent où a été écrite l’Apocalypse de Jean et où les premiers chrétiens étaient persécutés.

L’histoire fictive est celle d’archéologues qui découvrent dans une crypte où reposent les restes d’un haut dignitaire romain un document identifié comme le manuscrit original de l’Apocalypse de Jean. Dans ce manuscrit, le nom de la Bête est représenté par un chiffre mystérieux annonçant la venue d’une nouvelle humanité qui aurait complètement rompu les amarres avec l’ancienne. Ce manuscrit devient alors l’objet d’une histoire à suspense entre les tenants de l’ordre à venir qui semblent très proches des transhumanistes d’une part, et un mouvement de résistants rejetant violemment, sous forme d’actions terroristes, l’avenir qui est proposée à l’humanité. L’histoire se termine par le rôle consensuel joué par une communauté monastique réunissant une élite de sages qui finit par adouber le scientifique à l’origine de la découverte du chiffre mystérieux annonçant la venue d’une humanité nouvelle sous la forme d’une conscience planétaire à connotation religieuse.

Le récit de cette histoire est significativement ponctuée de citations de Teilhard de Chardin prophétisant l’apparition progressive d’une surconscience planétaire annonçant la venue de l’homme nouveau. Mais cette perspective n’est pas présentée sur le mode ancien de « l’avenir radieux » mais plutôt sous le signe angoissant d’une perte d’humanité actant une rupture anthropologique radicale avec le passé. Ainsi les fameuses NBIC annonceraient la venue d’un cyborg doté de pouvoirs extraordinaires.

Ce qu’il y a de particulièrement étonnant dans ce roman marqué par la thématique de l’Apocalypse, c’est l’absence totale de référence à la crise écologique et aux menaces d’effondrement économique et social qu’elle porte en elle. La fin de l’homme est bien annoncée mais par le triomphe d’une évolution porteuse d’une nouvelle humanité, il s’agit là à l’évidence d’une vision de nature panthéiste qui ignore le conditionnement terrestre de l’aventure technoscientifique de nature prométhéenne. Car sans ressources naturelles, ni énergie disponible, les fameuses NBIC ont peu d’avenir, il ne faut pas rêver !


Simon CHARBONNEAU




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