Le VPH et la surmédicalisation des fillettes dans le contexte des variations culturelles de la maladie.

Pierre Biron

Le moins qu’on puisse dire de la vaccination des fillettes contre le VPH (papillomavirus humain) pour prévenir le cancer du col de l’utérus (CduC) c’est qu’elle est contestable. Le Japon, par exemple, ne la recommande plus. Que dans certains pays riches on accepte ce pari, car il s’agit d’un pari et non d’une mesure justifiée par la science, cela peut s’expliquer, sinon se justifier, par la culture médicale de ces pays. Par ailleurs, comment comprendre que l’OMS recommande d’étendre cette vaccination à l’Afrique comme mesure de prévention d’un cancer improbable (voir les statistiques plus bas) alors que l’ablation du clitoris chez l’adolescente, continue à être pratiquée dans divers pays africains.

Le docteur Pierre Biron, spécialiste en pharmacovigilance, fait partie d’un réseau mondial d’experts indépendants (sans liens avec les compagnies pharmaceutiques). Ces hommes et ces femmes portent à son sommet la science médicale la plus objective et la plus chiffrée, celle basée sur les faits (Evidence Based Medicine) qui certes démontrent l’efficacité de la médecine actuelle mais aussi les limites auxquelles elle se heurte et qui l’obligent « à améliorer le jugement clinique, (lequel) est plus souhaitable que le développement de l’intelligence artificielle.»

Voici, à propos de la vaccination contre le VPH, quelques extraits de l’Annexe Surmédicalisation 2019, de l’Alter dictionnaire médico-pharmaceutique.

«* Il n’y a certainement pas d’urgence en santé publique. En effet, la prévalence des VPH à haut-risque oncogène chez les bienportantes de pays développés est faible. C’est ainsi que pour les types 16-18, est de 1,5% et 0,8% dans l’étude NHANES aux É-U et en Europe selon Clifford et coll., elle est de 1,8% et 0,7% respectivement…

Le rapport 2015 de l’Agence de la santé publique du Canada sur le cancer est édifiant. Il prévoit qu’au cours de sa vie seulement 1 / 150 Canadiennes présentera un CduC, dont 57% après 49 ans (3 décennies après l’adolescence et après la vaccination recommandée aux écolières) et que seulement 1 / 450 décèdera de CduC, malgré une survie à 5 ans de 71%...

* L’efficacité n’est nullement démontrée pour prévenir le CduC car il faudrait des essais contrôlés poursuivis des décennies et faits de façon transparente, rigoureuse et pertinente. Pour l’heure, nos jeunes vaccinées servent de cobayes. L’efficacité n’est pas solidement démontrée pour les dysplasies de haut grade.

Certaines observations évoquent des atteintes neurologiques centrales/périphériques ou auto-immunes : syncopes, convulsions, migraines, fatigues ; troubles locomoteurs, cognitifs, sensitifs, psychotiques, musculaires ou autonomiques; affections démyélinisantes, anaphylaxies, asthmes, polyarthropathies, séquelles invalidantes, ménopauses précoces, morts subites... Ainsi une Canadienne de 14 ans meurt 2 semaines post 2e dose du quadrivalent; une de 19 ans décède 6 mois post 3e dose, des manifestations neurologiques étant apparues peu après la 1re dose. Leurs autopsies normales par ailleurs, montrent à l’examen du cerveau une encéphalopathie; l’immuno-histologie des capillaires cérébraux révèle des anticorps HPV16L1, d’où l’hypothèse - à vérifier évidemment - d’une vascularite cérébrale auto-immune par l’antigène vaccinal...

* Le Japon ne recommande plus cette vaccination.

 * En Espagne, une pétition pour un moratoire porte la signature de 8 000 professionnels.

* Aux Indes, décès et incidents graves mettent fin aux essais cliniques dans une région.

* L’hypothétique (et à la limite, infime) protection, durant des décennies, de la rare mortalité par ce cancer justifie-t-elle le risque même minime de gâcher - voire d’emporter - la vie d’une fillette? La mortalité générale n’étant prévisiblement pas affectée par la vaccination, son fardeau médical et financier en devient rédhibitoire. »

Variations de la médecine selon les cultures

Les sciences humaines appliquées à la santé et à la maladie, l’anthropologie médicale en particulier, ont acquis leurs lettres de noblesse il y a longtemps, et pourtant leur apport demeure marginal sur la place publique, où le dogme du tout est biologique occupe l’espace le plus visible. Les médecins ayant intégré les sciences humaines à leur culture ont un rôle important à jouer dans ce contexte. Et ce rôle, ils le jouent d’autant mieux qu’ils sont souvent d’excellents pédagogues. C’est le cas du médecin français Luc Perino, auteur d’un blogue fort intéressant intitulé Humeurs médicales.

« À l’heure où la mondialisation est contestée, écrit-il dans un article récent, il serait fou de vouloir globaliser la culture médicale. Ce qui n’empêche pas l’OMS de recommander le vaccin HPV en Afriqulors que les petites filles meurent massivement de diarrhées, de paludisme et de tuberculose avant d’avoir atteint leur puberté. Mais, en Afrique, il n’y a pas besoin de ralentisseurs, car les ornières remplissent efficacement ce rôle. »

Ralentisseurs ? On aura deviné que Luc Perino utilise les diverses conceptions des ralentisseurs pour illustrer la part de la culture dans le domaine médical : « Sur les routes françaises, les ralentisseurs sont surnommés « gendarmes couchés » signifiant que la peur de l’accident n’est pas le seul motif de décélération. Au Pérou, on parle de « casse moyeux » (rompe moyes), craignant surtout les conséquences financières d’une vitesse excessive. Les allemands, laissant les métaphores aux poètes, parlent de « seuil de freinage » (brems schwelle). Le même pragmatisme anglo-saxon se retrouve chez les anglais, mais de façon inversée, sous le terme de « bosses de vitesse » (speed-bump).

Les mots en disent long sur l’identité culturelle. La globalisation des objets ne suffit pas à harmoniser les cultures. Si un aménagement aussi impersonnel qu’un « ralentisseur » prête à tant de perceptions, nous pouvons imaginer la mosaïque culturelle du domaine de la santé.

Le mot maladie lui-même étant imprécis, nos voisins anglais ont tenté de mieux circonscrire ce concept en utilisant trois mots : illness pour la maladie vécue par le malade, disease pour celle qui est décrite par la médecine et sickness quand elle est perçue par la société.

L’histoire et la géographie déterminent fortement les « pathocénoses » selon le terme inventé par Grmek. L’épilepsie ou mal sacré a été un moyen de converser avec les dieux, avant de devenir une maladie psychiatrique puis un simple symptôme neuronal.  La ménopause au Japon n’a pas de vécu morbide alors que tant de pays l’ont considérée comme un fléau à traiter impérativement.

Les cultures influencent les pathologies : la douche vaginale en Égypte augmente considérablement le taux de vulvo-vaginites. Inversement, la réalité pathologique influence les cultures : il existe une corrélation parfaite entre la force de la pression parasitaire et la diversité des religions. 

Dans nos pays aux excellentes conditions sanitaires, les épidémies de diagnostics sont plus redoutables que les épidémies de maladies. On pourrait penser que la psychiatrie est le domaine privilégié des diagnostics redondants et superflus, c’est pourtant la réalité psychiatrique qui diffère d’un pays à l’autre. Avec les mêmes médecins diagnostiqueurs, le taux de maladies mentales des îles Samoa est dix fois moindre que celui de Nouvelle Zélande. La perception des mots diffère alors inévitablement. Enfin dans certains pays les enfants calmes deviennent hypotoniques et les enfants turbulents deviennent hyperactifs sans qu’il soit encore possible de dire s’il s’agit de mots ou de faits. »

Luc Périno évoque le fait qu’au Japon la ménopause est vraiment une pause et non une maladie. Ce que l’anthropologue Margaret Lock avait observé, il y a longtemps, comme nous le rappelle un article récent du magazine New Republic :

« Dans les années 1980, l'anthropologue Margaret Lock a mené des enquêtes et des entrevues auprès de milliers de femmes ménopausées au Japon, aux États-Unis et au Canada, et a constaté que les femmes nord-américaines et japonaises vivaient des expériences complètement différentes.

Beaucoup de femmes japonaises n'ont rapporté aucun symptôme à la fin de leurs règles et n'ont pas considéré la transition ménopausique comme une période particulièrement difficile ; la langue japonaise n'a même pas de traductions exactes pour des mots comme "ménopause" et "bouffées de chaleur". Peu de femmes japonaises ont signalé les symptômes que les femmes américaines d'âge moyen redoutent : 85 pour cent des femmes américaines, mais seulement 12 pour cent des femmes japonaises, ont signalé des bouffées de chaleur. Si les Japonaises se plaignaient de quelque chose, c'était habituellement des épaules raides ou des étourdissements - ce qui n'est pas ce à quoi les Américaines s'attendent habituellement.


 

 

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