«Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec Mr et Mme Juste Olivier»: recension

Jean de Gourmont
La Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M. et Mme Juste Olivier, que publie Mme Bertrand, avec le concours érudit de M. Léon Séché, nous révèle la vie intime de Sainte-Beuve, sa méthode de travail. Le travail, ce fut pour lui le seul refuge; il s’y livre « pour s’étourdir, comme d’autres au jeu et à la boisson ». Pendant ce temps-là, avoue-t-il, « le reste pour moi n’existe plus, et je crois qu’on me couperait les pattes alors (comme aux rats en rut) je ne m’en apercevrais pas. » Tout contact avec le monde extérieur le blessait : « À chaque sortie, disait-il, on rapporte une blessure : le mot qu’on a entendu, le journal sur lequel on est tombé, le visage que l’angle de la rue vous garde à l’improviste, tout enfin. » Il est des plaques photographiques si sensibles que le moindre rayon de lumières « voile », il y a des sensibilités que le moindre contact « voile » aussi. Ce qu’il réclame de ses amis, les Olivier, durant le séjour qu’il fera chez eux, à Lausanne, c’est la possibilité de s’isoler : « une réclusion entière et absolue et certaine pendant des heures, comme une taupe dans son trou. »

Cette correspondance éclaire certains points de la vie et surtout du caractère de Sainte-Beuve; il s’y montre sincèrement tendre et sincèrement méchant, et se plaint, afin d’être consolé; il dit que ce qui ruine tout bonheur, c’est « la vie matérielle non arrangée »; il voudrait avoir des loisirs pour l’amour et pour l’amitié. Mais il faut vivre. Alors, il se fait « pirate de plus en plus ».

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