Bérénice

Jean Racine
Antiochus fait ses adieux à Bérénice, qui lui préfère Titus, lequel fait passer la gloire avant l'amour.
Antiochus (à Bérénice)

Que vous dirais-je enfin? Je fuis des yeux distraits,
Qui me voyant toujours ne me voyaient jamais.
Adieu. Je vais le coeur trop plein de votre image
Attendre en vous aimant la mort pour mon partage.
Surtout ne craignez point qu'une aveugle douleur
Remplisse l'univers du bruit de mon malheur:
Madame, le seul bruit d'une mort que j'implore
Vous fera souvenir que je vivais encore.
Adieu.
[...]
Je la verrai gémir; je la plaindrai moi-même.
Pour fruit de tant d'amour, j'aurai le triste emploi
De recueillir des larmes qui ne sont pas pour moi.
[...]

Bérénice (à Titus)

Je n'écoute plus rien, et pour jamais adieu.
Pour jamais! Ah! Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime?

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous?
Que le jour recommence et que le jour finisse

Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus?
Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus!

L'ingrat, de mon départ consolé par avance,
Daignera-t-il compter les jours de mon absence?
Ces jours, si longs pour moi, lui sembleront trop courts.

Autres articles associés à ce dossier

Anthologie-Amour

Jacques Dufresne

Chez les Grecs et les Romains de l'Antiquité, savoir et sentir étaient indissociables. Solon a même eu recours à la poésie pour écrire la consti

À lire également du même auteur

Quelques moments d'une passion
Commentaire de Simone Weil sur Phèdre: «Qu'importe ce qu'il y a en moi d'énergie, de dons, etc.




Nos suggestions