L'Encyclopédie sur la mort


Despériers Bonaventure

Conjoncture historique
Despériers BonaventureAvant de feuilleter «ce merveilleux troisième livre, le plus beau peut-être, le plus abondant en scènes comiques, de tout le Pantagruel» de Rabelais*, Anatole France nous rappelle «que cette année 1546, signalée par l'apparition de cette oeuvre joyeuse et lumineuse, fut douloureuse et sombre. Le roi François Ier, inquiet et malade, ne résistait plus aux exigences cruelles de la Sorbonne et du Parlement. Les persécuteurs de la pensée sévissaient âprement contre les humanistes, les philosophes, les savants, les poètes, contre quiconque, inclinant à la réforme de l'Église, luthérisait quelque peu. Clément Marot traînait en exil sa vie indigente; Bonaventure Despériers venait de se suicider; Étienne Dolet [éditeur de Rabelais] était étranglé et brûlé sur la place Maubert à Paris; à Meaux, berceau des plus doux réformés, quatorze bûchers s'allumaient.» (Anatole France, Rabelais, 1928, p. 131-132; à noter: les italiques et le texte entre parenthèses sont de nous) Anatole France présente le suicide de Bonaventure Despériers comme un fait, sans aucune hésitation. Et pourtant, la mort volontaire de ce personnage énigmatique est mise en doute.

Vie de Bonaventure Despériers
La vie de Bonaventure des Périers (Des Périers, Despériers) nous est mal connue. Né vers 1510 à Arnay le Duc, près d'Autun en Bourgogne, il fut élève de Robert Hurault, abbé de Saint-Martin, favorable à la Réforme et maître de philosophie de Marguerite de Navarre. Il participe à la traduction de la Bible, achevée en juin 1535. «il passa quelque temps à Lyon, où il aida Étienne Dolet à composer ses Commentaires de la langue latine, puis qu'il fut admis dans le cercle de Marguerite de Navarre, comme conseiller, puis comme secrétaire de la reine. Il contribua à rédiger, ou rédigea lui-même, les tables de la première traduction française de la Bible (Lefèvre d'Étaples et Olivetan), prenant part au travail collectif de ceux qu'on a appelés les « libertins spirituels », pour désigner leur relative indépendance à l'égard du catholicisme.» (Encyclopaedia Universalis)
http://www.universalis.fr/encyclopedie/bonaventure-des-periers/

Entre 1537 et 1541, il vécut quelques années paisibles à la cour, faisant la connaissance de Jeanne d'Albret, fille de Marguerite de Navarre, de François Ier et de la fille de celui-ci, également prénommée Marguerite (et qui plus tard sera chantée par Du Bellay). Après 1541, on perd toute trace de cet humaniste. L'histoire selon laquelle il se serait suicidé en se jetant sur son épée vient d'Henri Estienne, mais celui-ci a pu lui attribuer la mort que l'auteur réserve à l'un de ses personnages, appelé Vaudrey, dans une de ses nouvelles. Or, Despériers range Vaudrey, qui manque plusieurs fois de se tuer, parmi les victimes de la furor
(fureur meurtrière).
http://philo-lettres.pagesperso-orange.fr/bonaventure_des_periers.htm

Oeuvres de Bonaventure Despériers
Despériers traduit le Lysis de Platon*, probablement d'après la traduction latine de Marsile Ficin ; en 1537, il écrit le Blason du nombril, qui témoigne de sa connaissance des thèses néo-platoniciennes. Les Nouvelles Récréations et Joyeux Devis (NRJD), édités à Lyon en 1558, sont un recueil, dans le goût du temps, de nouvelles et historiettes, à l'imitation de Boccace*, comme Marguerite elle-même le fit pour l'Heptaméron. On ne doute plus guère aujourd'hui de l'attribution du Cymbalum mundi à Bonaventure des Périers. Ce livre, édité en 1538 de façon anonyme à Paris, puis à Lyon, présente en effet beaucoup de similitudes avec les NRJD. Composé de 4 dialogues à la manière de Lucien qui se moquent des ennemis des Évangélistes, le Cybalum fut condamné à la demande François I er, tandis que Jean Morin, son éditeur parisien, fut arrêté.

Éditons contemporaines
Bonaventure Des Périers, Cymbalum mundi, préface de Michael Screech, Librairie Droz, Genève, 1983, 50 p.
Bonaventure Des Périers, Nouvelles Récréations et joyeux devis, édition établie par Krystyna Kasprzyk, Société des Textes Français Modernes, 1997, 376 p.

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Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-17